Une évolution au quotidien

Wow, déjà 10 jours sans vous avoir donné de nouvelles de nos petits cocos d'amour. Ça passe si vite !!! Si vous êtes parents, peu importe si vos enfants sont biologiques ou adoptés, vous savez que la relation entre vous et eux est de type "amour - haine". Je peux vous dire que nos enfants n'échappent pas à cette règle. Il y a des jours où ils nous font vibrer de bonheur jusqu'à nous pousser quelques larmes d'amour... et des fois vous avez simplement envie de leur tourner le dos et de vous demander pourquoi nous avons ces enfants. Je vous rassure, tous les couples ayant adoptés ont les mêmes réactions. Nous sommes donc dans la normalité adoptive (pour reprendre le titre d'un ouvrage que nous avions lu pendant le processus d'adoption).

Nos enfants sont de petits êtres très intelligents, bourrés d'astuces et très sensibles à ce que nous faisons, nous disons, nous dégageons, etc... Ils ont une mémoire incroyable, des yeux de lynx, des oreilles de chats et des ruses de renards. Actuellement, les enfants sont attachés à nous, mais cet attachement en est un de fonctionnalité. Ils ont encore beaucoup de pensées pour l'Ukraine, leurs amis, leurs nounous, leur orphelinat. Cela est normal. Il s'agit de notre côté de ramener les choses à leur place et de mettre l'Ukraine dans un contexte réel. Ils idéalisent beaucoup leur pays et ce qu'aurait pu être leur situation si nous n'avions pas choisi de les adopter. Ces pensées sont un frein à l'attachement total envers nous, à l'apprentissage de la langue et à leur intégration sociale. Le but n'est pas de casser du sucre sur le dos de quiconque et encore moins de mettre leur pays d'origine au dernier rang. Nous leur parlons de la réalité uniquement et ce, avec le plus d'objectivité possible. 

On note que nos enfants ont eu plusieurs lavages de cerveau par différentes personnes à l'orphelinat, que ce soit au niveau politique, social, religieux, médical, etc... Par exemple, aucun de nos enfants n'étaient au courant de ce qui arrive lorsque les orphelins atteignent l'âge de 18 ans : 20% d'entre-eux y arrivent à force de se battre, mais les 80% (la vaste majorité) tombent dans des situations complexes et sombres (criminalité, prostitution, drogue...). Certes, nous avons mis des gants pour leur en parler, mais rappelons qu'ils ont 9-10 ans et qu'ils comprennent bien. Nous avons rappelé qu'il y a une différence entre ce que le pays (et ses citoyens) pense et ce que son dirigeant décide de faire (je pense surtout à la Russie qu'ils détestent pour mourrir). Après plusieurs discussions, on sent que les enfants commencent à réaliser la chance qu'il leur ait tombé sur la tête. On a senti ce besoin de les secouer un peu et d'enlever cette vision trompeuse qu'ils avaient. On souhaite surtout développer leur esprit critique et leur expliquer toute la réalité, que ce soit celle du Canada ou de l'Ukraine.

Au niveau linguistique, je vous dirais que nos enfants sont en mode "loi du moindre effort". On a même l'impression parfois d'être nous-mêmes plongés dans un bain linguistique. Nous les avons d'ailleurs remercié de tout ce bagage de vocabulaire qu'ils nous transmettent (à la blague bien sûr). Aujourd'hui, nous avons compris qu'ils utilisent uniquement le vocabulaire requis pour leur survie (se nourrir, se déplacer, jouer, etc...). Par contre, tant qu'ils auront leur esprit en Ukraine, ce sera très très long avant de voir des progrès. On a aussi une grosse compétition : ces enfants avaient tout dans leur orphelinat. C'est donc difficile d'offrir plus en si peu de temps (cinéma 3D, nouveaux vêtements aux 2-3 semaines, sorties à la plage en été, sorties au parc d'attraction et j'en passe). Nous devons donc être plus divertissants, attrayants et fascinants que leur vécu. C'est tout un défi, mais nous le relèverons haut la main car nous les aimons de tout notre coeur. 

On voit aussi que les dynamiques entre les enfants sont très bien organisées. Oleg gère la fratrie. Lisa influence beaucoup son frère et sa soeur, Macha se laisse marcher sur les pieds et ne prend aucune initiative qui pourrait blesser quiconque. Bref, nos enfants sont un vrai laboratoire de psychologie à aire ouverte. On sent aussi que Oleg n'a de yeux que pour son père (pour le moment), mais que cette situation est normale sachant qu'il n'a pas encore fait le deuil de sa nounou. Il en parle régulièrement, mais moins souvent. Tant et aussi longtemps qu'il aura ce sentiment de culpabilité de l'avoir laissé derrière lui, il y aura de la distance entre lui et Mélissa. Notez bien qu'il l'aime beaucoup, mais qu'au fond de lui, sa mère c'est encore sa nounou. Pour les filles c'est très différent. Elles cheminent beaucoup, surtout Lisa qui a vécu de belles crises (je devrais dire de grosses crises). Ces crises n'étaient en fait qu'une série de tests pour savoir si malgré ses défauts, nous l'aimerions toujours. Depuis ce temps, tout est chose du passé et elle s'ouvre beaucoup à nous. C'est une petite fille complètement différente, mais encore très timide et froide pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Macha quant à elle doit développer une personnalité, car elle était l'ombre de son frère (chose normale pour des jumeaux). Elle est très douce et elle dispose de plusieurs belles aptitudes (elle a une attirance naturelle pour les animaux, elle réussit dans plusieurs sports, elle s'adapte vite, etc...). 

Maintenant pour l'école, nous avons beaucoup de choses à penser et à décider. Puisque les liens d'attachement ne sont pas encore optimaux, on nous a fortement conseillé de ne pas les scolariser à temps plein, mais plutôt à petite dose jusqu'à décembre. Par exemple : 1h par jour en étant présents dans l'établissement pour les rassurer. Ces enfants ne sont pas comme les autres, et ils le savent bien. Comment les envoyer à l'école pendant 5-6h par jour sans que leurs liens avec nous ne soient solides. C'est purement de la folie et cela constituerait une bombe à retardement. On va donc continuer d'y penser pendant quelques jours, puis nous décideront de ce qui sera fait à cet égard. Nous les inscrirons aussi à des activités pour lesquelles ils ont beaucoup d'affinité (le foot pour Oleg, l'équitation pour Macha et la cuisine ou les arts pour Lisa). L'école à petite dose, des activités extra-scolaires ainsi que beaucoup d'amour et de plaisir à bâtir notre lien d'attachement avec eux seront une recette pour une famille épanouie, équilibrée et solide. Un énorme merci à Domenica et à Hélène du CSSS Jeanne-Mance ainsi qu'à Sylvie Samson du CSSS de l'Ouest-de-l'Île pour leurs précieux conseils. 

Commentaires (2)

  • Anne

    Anne

    30 juillet 2014 à 13:59 | #

    Merci pour ces nouvelles fraîches! Je vous admire beaucoup et je trouve que ces enfants sont très chanceux de vous avoir comme parents.

    Je vous souhaite à tous les cinq énormément de bonheur.

    Anne (la maman d'Érick)

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  • MONIQUE ET BERNARD

    MONIQUE ET BERNARD

    30 juillet 2014 à 20:05 | #

    Nous sommes ravis d'avoir de vos nouvelles on ne dira qu'un mot "bravo " pour tout ce que vous faites .
    Vous formez une belle famille , sur les photos nous
    remarquons que les enfants sont très heureux ils respirent le bonheur .
    Pour vous maintenant la prochaine étape c'est la rentrée scolaire mais vous connaissant tout va bien se passer

    Bon courage
    famille LA CREPE

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