Premier Halloween!

Théoriquement les premières fêtes des enfants adoptés au pays sont des moments très attendus, mais aussi très délicats à vivre. Premièrement on parle d'une fête qui était complètement inconnue pour nos enfants. Ils en avaient entendu parler par la télévision, par nous, par des amis qui ont été adoptés aux États-Unis, mais sans plus. Il y avait donc un grand mystère autour de cette fête. Ils savaient qu'on se déguisait, qu'on se maquillait et qu'on mangeait des bonbons. Tout cela était donc dans leur imaginaire. 

Lisa a choisi de se déguiser en sorcière, Macha en princesse et Oleg en Dracula. C'était un choix classique, certes, mais ils en étaient fiers car ce sont eux qui l'avait choisi. 

Plus le jour J approchait, plus les enfants étaient excités. On a pris le temps d'aller choisir nos costumes, de les essayer, d'ajouter des accessoires, du maquillage, etc... Puisque nous vivons dans un quartier avec peu de familles recevant pour l'Halloween, nous avons décidé de passer l'Halloween dans un autre quartier que le nôtre. 

Le matin du 31 octobre, les enfants se lèvent tout excités, leurs costumes étaient prêts, suspendus sur un support devant leur garde-robe. C'était mignon comme tout. On aide les enfants à se préparer et nous donnons les quelques coûts d'éponges pour maquiller leur petite bouille. Ça sentait l'euphorie à plein nez. Sauf que notre chère petite Lisa a décidé à la toute dernière minute de retirer sa perruque, son faux nez, son chapeau, son balai, etc... On n'a absolument pas compris son choix et ce revirement soudain. Sauf que plus on la questionnait, plus elle se renfermait et devenait hors d'elle... À rien n'y comprendre! Bienvenue dans le monde des enfants adoptés!

Nous descendons nous préparer, nous essayons de détendre l'atmosphère, mais rien n'y fait. Lisa est bloquée pour une raison que nous ignorons. Elle devient même très désagréable avec sa maman et tente de mettre du maquillage sur les murs. Vite, restons calmes et zens... Les jumeaux se préparent avec hâte pour aller à l'école et nous constatons rapidement que notre petite cocotte sera en retard et qu'elle nous donnera du fil à retordre pour se diriger à l'école. Et en effet, elle est restée dans l'entrée, en larmes et aussi en furie. Nous tentons de communiquer avec elle, mais elle est figée. Nous la prenons donc par les mains et nous dirigeons au secrétariat. Je l'amène par la suite dans sa classe où Mme Julie l'attendait impatiemment. Son enseignante avait même fait une superbe activité avec collation spéciale, mais Lisa a décidé de bouder. Nous la laissons en classe et rentrons, exténués, à la maison. 

C'est donc un quotidien classique des parents adoptants : vivre des moments de crises qui sont d'origine peu connue et qui arrive à des moments que vous vous attendez le moins. Le midi, Lisa est revenue tranquille à la maison et nous a expliqué qu'elle n'aimait pas le maquillage vert qu'on lui avait mis. Elle souhaitait plutôt être une sorcière chic. Donc, un petit détail qui habituellement se règle en deux minutes s'est transformé en grosse crise puisqu'elle n'a pas su comment nous le communiquer. Maman s'est empressée de la monter dans la salle de bain pour la maquiller avec la trousse de Maman. Lisa est soudainement devenue la plus belle princesse au plus joli sourire. Que demander de plus? Et bien ... une autre crise... oui, oui!! J'ai nommé notre beau Oleg... Il est monté dans la salle de bain pour faire une retouche de maquillage sans nous le dire et s'est choqué après lui-même car il n'arrivait pas à obtenir le résultat escompté. Il nous a appelé, mais c'était trop tard : la machine à bouder est partie. Tant qu'à ne pas aimer son maquillage, il a essayé de beurrer son costume au complet, s'est mis à se rouler à terre, à étaler du maquillage, etc... C'était encore un moment fort désagréable car on avait de la misère à comprendre sa réaction. 

Nous essayons de le rassurer, de le complimenter sur son choix de costume, mais ce fut difficile. Il est reparti à l'école avec la mine basse. Non mais quelle folle journée! Nous qui avions prévu de belles activités, de belles photos, de beaux moments, et bien... nous nous ramassons avec deux crises, avec un épuisement pour avoir tenté de ramasser les pleurs et attendez, la soirée n'était pas entamée! Bref, les enfants rentrent de l'école, excités et les yeux (enfin) remplis de joie. 

Le soir, nous en avons profité pour inviter les grands-parents à manger puis à aller faire un tour dans un quartier voisin afin de récolter quelques bonbons. C'était une course folle et leurs yeux n'étaient pas assez grands pour observer toutes les décorations et animations! Nous sommes rentrés vers 20h30 et nous étions tous brûlés, mais pas pour les mêmes raisons. Les enfants sont ensuite allés se coucher sans heurt. Tout cela nous confirme que nous devons encore mieux préparer (mentalement) les enfants au déroulement d'une journée comme celle-là. Ça nous confirme aussi que le mot "routine" est un mot HYPER important pour eux. Une journée comme celle que nous venons de passer est clairement une journée où trop de choses sont nouvelles, trop de choses sortent de l'ordinaire et trop d'inconnu menaçait leur stabilité. Les enfants ne semblaient pas savoir comment gérer autant d'émotions en si peu de temps. Le bonheur n'est pas une chose facile à vivre quand vous avez passé 7 ans en orphelinat... À nous de le comprendre... Nous en tirons donc une bonne leçon pour Noël qui s'en vient...

Écrire un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité. Option de connection ci-dessous