La gestion du passé...

Gestion des émotions et des réactions

Quoi de plus déstabilisant que de vivre avec un enfant (et qui plus est, avec trois enfants) qui ont un passé différent du vôtre. Nous réalisons que nos enfants ont un passé qui leur est propre et que chacun d'entre eux ont des souvenirs bien différents de leur vie en Ukraine. Leur vécu en orphelinat les a formaté d'une certaine façon et leur personnalité s'est forgée au travers de personnes qui nous sont inconnues. De ce fait, il se peut que des blagues tournent au vinaigre car ça leur rappelle des émotions ou des expériences désagréables. Il se peut aussi qu'un simple sujet de conversation génère un niveau d'anxiété inégalé. Bref, nous comprenons aujourd'hui pourquoi un parent adoptant est un parent hyper-vigilant. 

L'autre élément qui vient compliquer la dynamique familiale, c'est que nos enfants ont tous les trois vécus des choses différentes en Ukraine. Nous avons Oleg qui était le petit préféré de sa nounou, Lisa qui était l'épileptique qu'on isolait et Macha qui était la nunuche du groupe à cause de ses difficultés langagières. Ça donne des discussions très corsées lorsqu'on leur pose des questions sur leur vie en orphelinat. Oleg se souvient de ses nombreux séjours chez sa nounou avec des sorties exclusives et agréables. Lisa et Macha se souviennent des nounous sévères et des claques. Idem pour la nourriture.

De plus, l'âge social affectif de nos enfants vient complètement changer la donne. Pour certains aspects, nos enfants ont un âge d'environ 3-5 ans (ex : le type de jeux qu'ils jouent, les émissions de TV qui les intéressent...), et d'autres fois ils ont des comportements typiques de leur âge. Ça complique énormément la gestion des conflits car souvent les chicanes entre frère et soeurs sont générées par des bêtises ou des détails qu'on ne retrouve plus à leur âge. De ce fait, on doit leur apprendre à négocier, gérer un conflit, se respecter, se parler calmement, être responsable et j'en passe. 

Depuis leur arrivée au pays, tous ces éléments sont de mieux en mieux compris et maitrisés. Cependant, on ne doit jamais baisser notre vigilance, car ils ont beaucoup de vécu dans leur sac à dos. Notre rôle est donc de les aider à vider leur sac, à s'exprimer, à se confier (s'ils le souhaitent) et à les accompagner dans leur cheminement. Nous imaginons que c'est très difficile à vivre.

Pour vous donner une idée, un jour j'étais en train de jouer avec les enfants dehors. Nous attendions le retour de maman. Une amie de maman s'arrête nous saluer. Oleg a décidé d'aller changer ses vêtements. Il ouvre l'une des fenêtres de la salle de bain, car il cherche ses vieux vêtements pour s'amuser dehors. Il était torse nu. Je lui explique que je n'avais aucune idée où ces vêtements se trouvaient. Je termine à la blague en disant aux filles : "Eh! Regardez le go-go boy qui nous fait une petite danse à la fenêtre!". Il referme brusquement la fenêtre, mais j'étais persuadé qu'il était fâché que je ne savais pas où étaient ses vêtements. Il décida d'aller se doucher, puis est redescendu avec le grand sourire. J'avais donc oublié la scène. Le soir durant le souper, j'ai voulu en glisser un mot à maman. Je m'exclame devant les filles "Eh les filles, est-ce qu'on dit à maman ce qu'on vu aujourd'hui?". Oleg me regarde avec l'oeil noir. Je termine par "Et oui, nous avons vu un danseur à une fenêtre". Ça s'est terminé tout bonnement sur ce point. Oleg se met à jeter par terre son assiette et décide de monter en pleurant et dans un état enragé dans sa chambre. Il était hors de contrôle. Mélissa est allé lui parler. Pendant ce temps j'ai demandé aux filles si j'avais manqué un épisode. Les filles me confirment que je n'avais rien dit de bien méchant. 

Au bout de 10 minutes, j'ai décidé d'aller à sa rencontre. Je rentre calmement dans sa chambre. Il était encore en larme, le visage rouge et les yeux qui me mitraillaient. Il m'a dit que je n'avais pas le droit de me moquer de lui. J'était tellement époustouflé que j'en ai perdu mes mots. Plus je lui parlais, plus il s'enrageait. J'ai donc décidé de répondre par une simple question : "Est-ce que quelqu'un s'est déjà moqué de toi?". Et le chat est sorti du sac : "OUIIII!!!". J'ai immédiatement réalisé la bourde que je venais de commettre, mais sans le savoir. Je me suis excusé de tout cela et je l'ai serré fort dans mes bras. Il a aussi compris quand je lui ai rappelé que je ne connaissais pas son passé et qu'il se peut que cela arrive à nouveau. Nous lui avons appris à venir nous expliquer de telles choses et de ne pas s'emporter. 

En conclusion, nous ne devons jamais assumer qu'on connait nos enfants et qu'on comprend ce qu'ils perçoivent. Il faut fréquemment double-vérifier et confirmer que tout est OK. Mais encore une fois, tout cela devient de plus en plus naturel entre nos enfants et nous, puisque la confiance s'installe de plus en plus.

Commentaires (3)

  • Ann Guindon

    Ann Guindon

    17 août 2015 à 22:52 | #

    :) Toujours agréable de lire vos histoires! Un apprentissage pour vous comme pour nous!

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  • Stéphane Clavette

    Stéphane Clavette

    23 août 2015 à 04:30 | #

    Merci de continuer à rajouter des mises à jour de temps en temps, même plus d'un an après le retour du voyage d'adoption. C'est toujours intéressant. D'ailleurs, nous vous souhaitons à tous les cinq une bonne année scolaire à venir !!

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  • Marie-Claude

    Marie-Claude

    25 août 2015 à 15:38 | #

    C'est admirable ce que vous avez fait et que vous continuez de faire!
    C'est beau de tous vous voir et vous lire!

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