Bienvenue sur notre blogue

Ce blogue a été mis sur place avec notre propre initiative. Merci de ne pas partager ou diffuser les photos et vidéos qui s'y retrouvent, par respect pour les enfants et toutes les personnes impliquées dans ce processus.  

Le but de ce blogue est de vous tenir informés des différentes étapes, de nos expériences et des plus récentes nouvelles au sujet de notre projet d'adoption. 

Nous sommes très fiers de vous partager tous ces moments qui sont riches en émotions, en rebondissements, en larmes et en rêves... Vous pouvez également commenter toutes nos publications afin de rendre ce blogue encore plus interactif et passionnant.

Bonne lecture, en espérant que vous apprécierez...

Tout est découverte

Voici une nouvelle semaine qui commence avec nos 3 petits amours. Nous sommes heureux de voir que le décalage horaire semble peu à peu se dissiper. Nous envoyons les enfants se coucher vers 19h30 et ils se réveillent vers 5h30. Ce n'est pas un horaire idéal, mais au moins c'est une routine qui s'impose. Les enfants sont toujours de bonne humeur et toujours très heureux de leur périple en sol canadien. Seuls les repas demeurent toujours une surprise puisque les enfants repoussent automatiquement tous les plats et aliments qui ne leur sont pas connus. Par exemple un bleuet frais n'est pas aimé, mais un yogourt aux bleuets ça passe... Eh bien ! Ce que nous faisons c'est d'installer les plats sur la table et de leur signifier que ce sont les seuls plats que nous mangerons ce soir. Il arrive qu'un enfant ne soit pas intéressé à manger quoi que ce soit. Dans ce cas, on ne plie pas, on ne prépare pas autre chose et il/elle s'en va au lit le ventre vide. Je vous assure que cette même personne dévore tout ce qu'il y aura sur la table le lendemain matin ! Les enfants vont devoir s'habituer aux aliments et plats d'ici, mais nous comprenons aussi qu'ils ont le droit de ne pas aimer quelque chose. Mais au moins, ils doivent y goûter auparavant.

Pour la langue, c'est toujours un périple intéressant. Liza est clairement la plus avancée, suivie de Oleg et de Macha qui ne fait absolument aucun effort pour assimiler de simples mots. Elle se fie beaucoup sur son frère et sur sa soeur. Les enfants savent maintenant compter jusqu'à 10, connaissent leurs couleurs essentielles et jouent au perroquet quand ils entendent un nouveau mot, surtout si sa sonorité est très drôle. Le principal est d'y aller par le jeu et non pas par la force ou par des cahiers de leçons drabes et ennuyants. 

Lundi nous avons séparé Papa et Maman. Papa était au bureau pour travailler et se mettre à jour dans ses activités. Maman en a profité pour amener les enfants au centre commercial afin de choisir quelques pièces de vêtements essentielles : sous-vêtements, sandales, shorts, t-shirts... Ils ont été accompagnés de leur grand-mère également. Tout s'est bien déroulé, malgré les envies habituelles des enfants de toujours vouloir tout acheter. Nos enfants ne sont pas allergiques à nos "non !" et ils savent que nous n'acceptons pas tout. En après-midi, nous sommes allés nous promener dans quelques parcs de notre quartier. C'était bien agréable. Oleg a quelques ennuis avec ses rotules ce qui ne lui permet pas de marcher sur de grandes longueurs (il aurait du avoir des attelles lorsqu'il était jeune). Les enfants se sont roulés dans les talus, ont grimpés sur toutes les structures possibles et se sont réellement amusés. C'était superbe à voir. 

Aujourd'hui, nous avions reçu une invitation toute spéciale : l'animateur de radio Paul Arcand nous a invité en studio afin de parler de notre expérience maintenant que nous sommes revenus. Pour ceux qui n'ont pas eu la chance de l'écouter, voici les deux extraits ci-dessous :

En quittant, nous avons informé les enfants que c'était une petite rencontre de 15 minutes à Montréal. Ils n'ont pas compris le but de l'exercice, mais ont surtout apprécié le petit tour en auto. Nous arrivons juste à l'heure. Tout s'est bien déroulé et les enfants sont entrés en studio avec nous. Ils étaient fascinés par toute la technologie, les micros, etc... En quittant, nous allons saluer quelques collègues de Mélissa à son école. Sauf que ce rendez-vous était imprévu. Les enfants ont plus ou moins apprécié. Ils pensaient qu'on les amenait à l'école. Or, nous avons bien insisté sur le fait que c'était le lieu de travail de maman. Ils étaient un peu en mode méfiance. Nous sommes restés que quelques instants avant de repartir. Nous nous arrêtons dans un magasin de meubles pour les lits des enfants. Les enfants ont de bons goûts et nous devrons confirmer quelques mesures. Tout le monde était ravi.

En revenant, un colis m'attendait. Oleg a demandé de l'ouvrir. Il prend un couteau et coupe le ruban adhésif. Sauf qu'il a perdu un peu le contrôle et le bout du couteau est venu sur ma main. Rien de bien méchant, mais il s'aperçoit que je suis un peu sonné et blessé. Il disparait soudainement. Ses soeurs le cherchent. Liza vient me dire qu'il est à l'étage et qu'il pleure ! Je décide de monter et je le vois recroquevillé, seul dans un coin d'une chambre. Il pleure de tristesse. Je lui demande ce qui se passe et il me regarde la main en faisant un signe "non" avec sa tête. Il voulait me dire qu'il était désolé de tout cela et que ça l'a perturbé. Il me regarde avec des yeux de chien battu. Je lui explique que je l'aime inconditionnellement et que cela arrive. Papa ne t'en veux pas... Il me regarde à nouveau avec le sourire qui revient, il s'essuie les yeux et me serre fort. Voilà à quoi ressemble une hypersensibilité chez un enfant adopté. C'est un travail au quotidien et surtout il faut savoir jongler avec cela.

En après-midi, nous décidons d'aller chez l'oncle de Mélissa qui dispose d'une piscine. Le temps est lourd et humide. Les enfants ont eu beaucoup de plaisir à se baigner, à plonger et à jouer avec les différents objets. La cousine de Mélissa est venue par la suite avec son fils le plus jeune (13 ans). À l'inverse de ce que nous pensions, nos enfants ont été très reculés et distants. Probablement que la journée était trop riche en nouveautés. Macha et Liza était les plus distantes. Régulièrement, nos enfants revenaient à nous en nous tenant la main, en se collant sur nous. Cela était probablement une façon de nous dire qu'ils étaient à nous. En soirée, ils avaient commandé de la pizza pour tout le monde. Encore une fois, les filles étaient distantes et avaient hâte de rentrer. 

À ce jour, nos enfants sont bien heureux, nous n'avons aucune crise majeure à gérer, aucun mauvais comportement. Ils sont proches de nous, ils sont souriants, se soutiennent entre eux et surtout ils ont l'air naturels. Nous sommes fiers pour eux car je ne crois qu'aucun d'entre-nous peut réaliser à quel point toute cette histoire leur demande un lâcher-prise, un abandon de soi. C'est épatant. Demain, nous avons rendez-vous à l'école de notre quartier pour une rencontre avec la directrice, mais aussi pour visiter les locaux. Nous espérons que tout se déroulera bien, car les enfants pensent qu'ils vont entrer en classe... À suivre...

Première journée au Canada

Voilà qui est fait, le retour au pays avec nos enfants s'est très bien déroulé. En arrivant à la maison hier soir, les grands-parents avaient pris soin de bien nettoyer la maison, regarnir le frigo et mettre quelques petites attentions (ballons, photos, mot de bienvenue...). Mélanie, la cousine de Mélissa, est venue prendre quelques clichés du retour grâce à son grand talent de photographe. En arrivant à la maison, les enfants se sont tout de suite repérés puisqu'ils avaient l'album photo depuis plusieurs semaines. Le rêve est donc devenu réalité. Leurs yeux n'étaient pas assez grands pour voir tout ce qu'il y avait autour d'eux. Les pipelettes se faisaient aller les babines et sans savoir exactement ce qu'ils se sont dits, on a eu le droit à plusieurs cris de joie. C'était super beau à voir. Cependant, pour des personnes qui n'ont pas encore vécu avec nos enfants, ça pouvait donner des maux de tête. Nous avons pris le temps de leur expliquer que leur chambre sera aménagée au fur et à mesure. Ils ont 9-10 ans, donc nous leur donnerons un petit choix et ils pourront décorer et meubler leur chambre selon leur goût afin de créer un cocon de sécurité, ce qui est très important pour eux afin de les faire atterrir en douceur dans notre monde.

Très peu de temps après leur arrivée, les enfants voulaient essayer notre douche de style "pluie" et encore une fois, l'excitation était à son comble. On a couché les enfants le plus tôt possible, mais ils étaient comme de vrais ressorts. Rappelons qu'à l'heure qu'il était, il se trouvait à être 4-5h du matin en Ukraine. Le décalage horaire n'est donc pas étranger à ce niveau d'énergie. Les enfants ont aussi bien dormis dans l'avion, ce qui n'a pas trop aidé. Rappelons que nos bagages n'ont pas transité avec nous. Donc, nous rentrons à la maison avec nos maigres bagages de cabine, sans médicament pour Liza et sans vêtement pour les enfants. On appelle cela improviser...

Il est 4h45 (heure du Canada). Oleg se dresse sur le lit, regarde partout autour avec des yeux inquiets. Il ne reconnait pas la place. Nous les adultes, cela nous arrive d'avoir cette réaction lorsque nous couchons ailleurs pour la première nuit. Sauf que nos enfants ne savent pas pourquoi c'est différent. Soudain, il se tourne la tête et me voit. Il saute littéralement dans mes bras et me serre très fort avec un sourire qui voulait simplement me dire "merci !". Très touchant, surtout que cela était ma première fête des pères. Je venais de recevoir un cadeau qui n'a pas de prix. Nous nous réveillons tranquillement, en prenant soin de laisser dormir Maman qui en avait grand besoin. Les filles se réveillent doucement  ... Il est 5h45 et tout le monde est sur une bonne dose d'énergie. Ils découvrent les paysages en ouvrant les stores. Ils partent à la chasse au chat (notre chatte est clairement terrorisée). Ils sont comme de petits enfants de 4-5 ans qui ne se peuvent plus. Trop mignon, mais à 9h du matin, nous avions l'impression qu'on avait fait une journée de 10h. Très épuisant, mais bienvenue dans le monde des parents !!!

Par la suite, les enfants ont dévoré les bonnes crêpes préparées par grand-maman Claire. Le déjeuner était survolté. Impossible encore d'être trop exigeant car les informations vont à une vitesse grand V dans leur tête. On va y aller en douceur. Mélissa s'organise ensuite pour aller chercher des jeux, des poupées et autres Playmobils dans le sous-sol. Ça sent encore la sur-stimulation, mais on aime voir ces petites faces souriantes et si attachantes. Les enfants jouent calmement. On dîne tranquillement, mais c'est sûr qu'ils nous demandent de faire plein de sortie, d'aller au parc, d'aller nager, d'aller à la montagne, bref de tout faire. Maintenant, c'est à nous de les ramener sur terre et de créer une ambiance relaxante et chaleureuse. Ils sont sur le gros nerf, donc on oublie des activités ennuyantes. 

En après-midi, nous sommes allés à la clinique afin d'avoir une petite prescription pour les médicaments de Liza. Cela fait presque 48h qu'elle n'a plus rien pour son épilepsie. Le médecin que nous rencontrons est très sympathique et souriant. Il nous explique que l'épilepsie idéopathique (selon ce qui est écrit par les autorités médicales ukrainiennes), n'est rien. Selon lui, Liza n'est pas plus épileptique que nous. Ainsi, il prescrit le tout pour le court terme, le temps d'avoir la livraison de nos bagages. Il recommande qu'on aille dans une clinique internationale spécialisée avec les enfants adoptés. Ils feront un sevrage contrôlé de son médicament puis un électroencéphalogramme qui confirmera (ou non) la présence de zone épileptique. Bref, il n'y pas de quoi en faire un drame. Nous rentrons par la suite et nous nous dirigeons chez la grand-mère de Mélissa qui avait très hâte de rencontrer ses 3 arrières-petits-enfants. Ils se sont bien comportés et la mamie les a séduit par des bonbons et des chips... Elle parle leur langage, le lien est donc bien établit. Les enfants jouent dehors à trouver des chats puisque nous sommes dans une ferme agricole à St-Marc. Puis ils aperçoivent le chien du cousin de Mélissa. Ils sont tous les trois tombés sous son charme et s'amusent beaucoup avec lui. Bien entendu, nous avons pris soin de respecter leur réaction. S'ils avaient des craintes, ou bien le goût de rentrer, il fallait respecter le tout. 

Les enfants adorent rouler dans leur nouvelle automobile. Ils sont complètement fous des voyants, des boutons et des vitres électriques. Pas besoin d'avoir des jeux très coûteux. Juste à faire un tour en auto et hop, les enfants sont heureux. Avoir trois petits sur la banquette arrière, ça aussi c'est du pur bonheur pour nous deux. C'est un rêve fou qui se réalise et nous avons peine à croire que tout cela est maintenant réalité. 

On est rentré tranquillement à la maison. Les enfants ont écouté des dessins animés (en français !) et pendant ce temps, Papa préparait à souper pour accueillir grand-papa pour sa première fête des pères/grand-pères. C'était très agréable. Les enfants sont clairement plus calmes, mais là encore, c'est probablement à cause du décalage horaire. Vers 20h, les enfants ont pris leur douche et sont dans leur lit. Voilà une première journée réussie avec des enfants aux anges. Nous avions peur d'avoir des réactions de crises, d'angoisses, de paniques, mais rien de cela n'est arrivé. Je crois que c'est un peu le cas des fratries qui se font adopter : les 3 enfants se motivent, se soutiennent et s'encouragent. Aussi, nous avons écouté leurs besoins et avons respecté leurs réactions. Tout le monde s'est endormi heureux et la paix dans l'âme. Merci la vie de nous faire vivre de si beaux moments. C'est touchant...

En passant, pour la nourriture, nous avons des enfants très difficiles. La raison est fort simple : la nourriture qu'ils recevaient était très fade, mais simple. Donc si vous leur donnez des aliments avec des épices (ex : un filet de saumon), des plats avec plusieurs textures (ex : un hamburger maison) ou des plats qui ont des odeurs (ex : poissons), et bien vous les perdez. Nous devons donc changer leurs habitudes par petites doses. C'est comme passer de nos habitudes alimentaires à leurs plats fades de l'orphelinat : je mets au défi quiconque de ne pas être difficile. Voilà un exemple de changements et d'adaptations. Autre fait à noter également : ils comparent beaucoup leur pays à ce qu'ils voient actuellement. Cela est absolument normal. Ils ne réalisent pas encore toute la portée de ce qui se passe et des nombreux changements auxquels ils vont devoir faire face, comme pour ce qui est de la langue. Encore une fois, notre rôle est de les accompagner en douceur, de rien forcer et de les stimuler. Aujourd'hui, il est clair que les enfants ont remarqué que plusieurs panneaux ou affiches ne sont plus dans leur langue. Ils commencent à nous demander leurs significations, ce qui est plutôt bon signe. Laissons le temps au temps et vivons le moment présent...

Un retour au pays

 

Version selon Mélissa et moi :

Aujourd’hui c’est un beau grand jour pour nous. En effet, après plusieurs semaines passées en Ukraine pour notre projet d’adoption, après avoir découvert les enfants que nous espérions et rêvions depuis tant de temps, après avoir découvert ces petits êtres en quête de famille et d’amour, nous voici dans le dernier droit vers le retour à la maison. En russe, le mot adoption désigne la période où les parents prennent officiellement les enfants à leur charge. On peut donc dire que notre projet d’adoption commence maintenant. C’est le voyage d’une vie, un périple où les émotions se chevauchent et où l’inconnu est roi. 

 

Version des enfants :

Aujourd’hui est un jour très spécial pour nous. Depuis plusieurs années, nous cherchions la famille idéale qui nous prendrait sous son aile. Nous cherchions l’amour inconditionnel de parents, la sécurité et un avenir meilleur. Le 24 avril dernier, nous avons découvert un Papa et un Maman venus spécialement pour nous du Canada. Nous avons pris le temps de nous connaitre, de nous tester et de découvrir tout l’amour que ces personnes peuvent avoir. Depuis le 3 juin, nous vivons à temps plein avec eux. Cela fait plusieurs semaines que nous savions que nous allions vivre au Canada. Aujourd’hui, nous réalisons que nous quitterons notre pays, que nous serons sur la voie de l’abandon de notre culture et de notre langue. Pour Macha et Liza c’est un saut agréable vers l’inconnu. Pour Oleg, ça prendra toute son énergie pour contrer ses peurs et ses angoisses. Une vie nouvelle s’ouvre à nous, mais l’inconnu est notre plus grande peur. Grâce à l’amour que nous offre nos parents, ils seront notre seul point de repère dans un monde qui sera complètement nouveau.

 

Nous jugions nécessaire de faire la distinction entre ce que nous pensons de cette journée et ce que nos enfants ont probablement dans leur tête. Cette nuit Oleg a été extrêmement agité et il a eu plusieurs réveils violents. Nous sentions incontestablement que le départ est un élément de stress très important qui n’est pas toujours exprimé par des mots. Les filles sont excitées au plus haut point et ont pris beaucoup de temps à s’endormir. Bref, à 7h tout le monde était debout, les yeux pochés. Les enfants ont encore la même attitude face au départ : l’envie de partir, mais la peur de l’inconnu. Les filles crient aux deux minutes « on va au Canada !!! ». Mais Oleg lui, ne semble pas sur le même niveau, même si je sais qu’il souhaite aller au Canada. Pendant que nous finalisons les valises, que nous vérifions toutes les pièces de l’appartement, les enfants jouent bien calmement. 

 

Vers 10h, Kseniya vient nous rendre visite. Nous l’avons appelé quelques instants plus tôt car elle devait aller chercher les médicaments pour Liza afin de tenir un bon 2 mois avant d’aller voir un médecin pour son épilepsie. Elle nous apporte donc la cargaison de pilules et elle a aussi pensé à quelques pilules pour calmer les enfants durant le voyage. Sauf que nous avons préféré ne rien donner aux enfants car nous ne connaissons pas ce médicament, ni les effets possibles… Comme le dit l’expression, dans le doute, on s’abstient. Elle en profite pour expliquer aux enfants les étapes qui les mèneront au Canada (sécurité à l’aéroport, vérification des papiers et passeports, voyage, changement d’avion à Londres, arrivée à Montréal avec les parents de Mélissa…). J’avais aussi demandé à Kseniya de valider le niveau de stress. Selon elle, les enfants sont prêts. Puis on essaie de manger quelques fonds de frigo, mais les enfants ont préféré manger un bol de céréale. Nous avons mangé vers 12h, bien après les enfants. N’ayant plus grand chose, on se résout à aller acheter du McDo. Bon OK, c’est pas terrible comme modèle culinaire pour les enfants, mais puisque c’est rapide et à 2 pas de chez nous, on se lance. Je reviens avec 2 sandwichs pour nous, 2 frites, 2 coca-colas et 2 chaussons aux cerises et aux cassis. Les enfants nous regardent et on essaie de voir leur niveau d’intérêt à ce restaurant si populaire pour des enfants de leur âge. Conclusion : ils ont horreur des sandwichs et des chaussons. Seules les frites et la boisson ont été « appréciées ». Tant mieux !

 

Il est 13h, le taxi et Kseniya nous attendent en bas de l’immeuble. Les enfants descendent leur valise. Nous descendons les plus lourds bagages. Nous sommes juste tous les deux lorsque nous fermons la porte de l’appartement. On se regarde les yeux mouillés en se disant qu’une page de notre vie vient de se tourner. C’était un moment très émouvant pour nous. Les enfants embarquent dans la fourgonnette de Viktor et je vois des enfants très heureux qui dévorent le paysage de Kiev. Kseniya est excellente avec les enfants : elle explique tout et vulgarise afin de bien se faire comprendre. Oleg s’installe à côté et il a réussi à donner des maux de têtes tellement il parlait comme une pie. On arrive à l’aéroport de Kiev. Kseniya leur explique les derniers détails : toujours écouter vos parents, toujours être polis avec les douaniers et le personnel de bord des avions, et pour Oleg elle lui demande de bien prendre soin de ses soeurs. Nous retenons nos larmes car c’est la dernière fois que nous verrons Kseniya. Elle leur fait des blagues, fait sourire les enfants pour oublier le moment. On prend nos dernières photos et elle nous accompagne à la sécurité. Elle me remet tous les documents originaux ainsi que des pochettes pré-assemblées pour des moments précis (ex: contrôle des passeports, arrivée au Canada, passage au tribunal au Canada). Cette femme travaille comme une acharnée et elle est la clé du succès des projets d’adoption en Ukraine. On passe devant l’agent des douanes ukrainiennes. Tout se déroule très bien. Les enfants montrent leur savoir en lançant des mots en français de partout. L’agent a beaucoup rigolé. Immédiatement les enfants nous tiennent la main par peur de se perdre. L’avion est à notre porte d’embarquement. Les enfants sont ébahis par ces avions et par l’infrastructure de l’aéroport qui est vraiment moderne. On embarque et les enfants sont de plus en plus excités. Malheureusement l’avion aura probablement 1h de retard car de violents orages en Europe Centrale forcent les avions à demeurer au sol. Cela veut dire que nous manquerons notre connexion à Londres… Finalement le pilote annonce que nous aurons 20 minutes de retard au décollage, mais que nous devrions rattraper le temps lors de l’envolée. On arrive à Londres 25 minutes avant la fermeture des portes. Oleg commence à avoir mal au ventre et se plaint de douleurs. Pas le temps d’aller aux toilettes, on doit foncer vers notre deuxième avion situé à quelques portes de l’endroit où nous sommes arrivés. Il reste 10 personnes devant nous à la porte d’embarquement. Ouf !!! On rentre dans ce gros Boeing 777 et Oleg me demande encore avec insistance d’aller aux toilettes. Pauvre lui, il vomit 3 fois. Je demande un peu d’eau à l’agent de bord et on se rassoit. Par chance que les filles étaient derrière nous, ensemble. Oleg et moi avions 3 sièges pour nous !! Cela m’a permis de l’allonger afin qu’il puisse se reposer. Il me serre fort la main. La majeure partie du voyage se fera ainsi. Les filles en arrière sont méga excitées. Macha est une hyperactive et Liza crie à tue-tête qu’elle va au Canada avec un grand sourire. Mélissa est épuisée. Il est 19h50, l’avion descend tranquillement sur Montréal. Les enfants se réveillent avec une mine de lendemain de veille. Leur seul souhait est de poser leur valise et d’aller se coucher. Tout le reste est probablement superflu pour eux. 

Dernière nuit en Ukraine

Nous sommes le vendredi 13 juin... Les enfants se sont réveillés tard (8h) malgré un coucher tôt hier (21h). Un drôle de jour pour les superstitieux ! Nous nous levons tranquillement. Nous informons les enfants que nous partirons faire du magasinage de souvenirs ce matin afin de compléter nos valises. Fait à noter, Mélissa qui a souffert d'une petite insomnie, a finalisé les valises vers 2h cette nuit... C'est pas plus mal ainsi car les enfants ont toujours leur mot à dire sur le contenu de leur valise et que c'est impossible de faire plaisir à tout le monde. Donc nos 5 valises sont prêtes ainsi que nos bagages de cabine. Comme on le disait hier, ça sent le départ, mais rien n'est encore confirmé.

Juste quelques minutes avant de quitter pour magasiner, Kseniya nous appelle afin de nous confirmer que les visas sont prêts à l'Ambassade. Elle nous demande de nous y rendre à 15h !!! On pleure devant les enfants et on saute de joie. Les enfants ne comprennent pas à 100% la situation car ils étaient sûrs depuis hier de partir samedi pour le Canada...On part finalement vers 11h et on se rend sur la rue des souvenirs (excusez, mais je ne me souviens plus du nom de cette rue). Mais comme tous les enfants de leur âge, ils souhaitaient acheter de tout et de rien. Je crois que nous avons battu notre record de "non" lors de notre périple. Mais au bout de deux secondes, tout était oublié. En revenant, je suis allé poster deux colis à ma soeur et à mes parents. Pas évident de me débrouiller en ukrainien pour trouver les bonnes options d'envoi, mais au moins tout est parti.

En revenant à l'appartement, nous avions rendez-vous pour une dernière fois avec nos amis Randi et Spiro pour aller jouer au parc. Les enfants sont tous très excités et sont très difficiles à contrôler. Mais en langage de parents, c'est une situation normale. On reste jouer au parc pendant environ 1h15 puis on rentre tranquillement. On finalise l'achat des billets d'avion. Nous arriverons à Montréal samedi soir. C'est vraiment surréaliste. Je me promenais dans les rues des environs et j'essayais de concevoir quitter le pays avec nos enfants. Nous sommes en Ukraine depuis le 20 avril. Nous nous sommes fait au pays, à la langue (du moins, on se débrouille pas mal) et à la culture. Nous avons rencontré les plus beaux enfants qui nous étaient destinés. Nous avons vécu des moments de bonheur immense et des peines difficiles à consoler. L'expérience de l'adoption est clairement l'expérience d'une vie. Ne vient pas qui veut dans ce monde fascinant et complexe à la fois de l'adoption internationale. Ça prend un couple fort, une vision commune, une attitude, une formation sur ce que représente l'adoption, une curiosité et une hypersensibilité pour comprendre les enfants qui nous sont proposés. 

Je tiens à remercier les très nombreuses personnes qui se sont impliquées dans tout ce processus, que ce soit nos amis, notre famille, les coordonnateurs au Canada ou en Ukraine, les traductrices mais aussi tout le personnel de l'orphelinat qui a leur travail à coeur. Ce sera un grand soulagement de rentrer dans nos affaires, notre maison et de retourner à nos habitudes. Mais ce sera aussi une très lourde émotion que de quitter le pays qui a vu naître nos enfants, qui les a forgé et qui les a rendu ce qu'ils sont aujourd'hui. Nous sommes aussi curieux de voir comment nos enfants vont réagir en quittant leur pays. Nous serons aux aguets et nous ferons de notre mieux pour les sécuriser et les réconforter. Notre rôle de parent adoptant commencera donc à notre arrivée au Canada. C'est là que nos enfants seront plus enclin à être eux-mêmes, à devenir ce qu'ils sont vraiment. La stabilité, la sécurité et l'amour sont nos principales cartes maitresses. Pour le reste, la vie s'arrangera et nos enfants deviendront petit à petit des enfants comme les autres, mais avec un bagage, une expérience de vie et une richesse intérieure incomparable. Merci à vous aussi de nous avoir suivi sur ce blogue. Nous continuerons d'alimenter ce blogue afin d'aider les futurs parents qui vont également accomplir le rêve de fonder une famille sous peu...

Les visas ont été demandés

Aujourd'hui c'est un grand jour dans notre histoire d'adoption. Nous avons rendez-vous entre 9h et 10h pour présenter nos dossiers à l'Ambassade du Canada à Kiev en vue d'obtenir les visas de résidence temporaire pour nos trois enfants. Fait rare, nous sommes restés au lit jusqu'à 7h30, mais nous nous sommes fait réveillés par les filles qui ont été plus matinales que nous. C'était étrange (car ça brise les habitudes), mais si agréable. Ils ont d'abord réveillé Papa puisqu'elles pensaient que Maman dormait. Je leur ai fait signe de l'attaquer par des bisous. C'était hilarant comme tout. 

On se lève tranquillement. Sauf que pour une première fois, on a comme oublié de faire notre ravitaillement à l'épicerie pour le déjeuner. On a donc usé de notre créativité pour leur offrir un déjeuner équilibré : gruau, jus, tartines au Nutella et banane. Pas si mal après tout ! Puis on s'habille et on se prépare. Les enfants jouent (encore !!) aux jeux sur téléphone ou tablette. Ils sont devenus de vrais pros ! Vers 9h30, Kseniya nous appelle pour nous confirmer qu'on doit partir la rejoindre devant un petit restaurant français proche de l'Ambassade. On enfile rapidement nos chaussures et on galope vers l'endroit indiqué. Les enfants sont sereins, souriants et nous tiennent par la main. On arrive à l'Ambassade et nous devons montrer patte blanche avant de pénétrer dans l'impressionnant bâtiment. On passe le détecteur de métal. Les enfants sont impressionnés.  On nous demande de patienter. Pendant ce temps, Kseniya signe quelques formulaires avant de les déposer avec notre demande. La réceptionniste nous appelle. C'est à moi de m'exprimer car Kseniya n'est pas Canadienne.  La préposée prend mes trois dossiers, les examine brièvement et nous indique que le chef du département ne peut examiner le tout aujourd'hui puisqu'il à un gros rapport à préparer. Je demande le nom de ce monsieur et ses coordonnées. Plus tard dans la journée, Kseniya me recommande de lui envoyer un courriel afin de faire une petite pression. L'autre soucis est que les personnes habituellement attitrées à ce travail sont en congés de maladie. Les délais sont maintenant de plusieurs jours. Ça sentait le départ hier, mais là ça sent le petit retard qui nous narguera jusqu'au bout ! On quitte l'Ambassade et nous revenons tranquillement chez nous.

En après-midi, nous avons reçu notre couple d'amis Randi et Spiro ainsi que leur fille Dasha. Elle venait jouer avec notre fille Masha avec qui elle a une belle relation. Par contre, il semble que Liza ne l'affectionne pas particulièrement, mais ça arrive. Oleg et Liza m'ont exprimé leur envie d'aller s'amuser au parc à côté de chez nous. Nous y passerons 1h30 à faire du trampoline, du quadricycle et des gonflables. Les enfants ont adorés. Petite anecdote sur le grand coeur de nos enfants : en revenant vers l'appartement, on croise un guitariste d'environ 55-60 ans qui jouait "Let it be" des Beattles. Liza et Oleg m'ont demandé de la monnaie car ils souhaitent l'encourager. Je leur donne un maigre 2 UAH (20 centimes) et ils était très fiers de le déposer dans le panier de ce monsieur. Comme quoi, ils se souviennent très bien d'où ils viennent et que cette valeur ne devra jamais être perdue : le partage. 

En rentrant, nous prenons une bonne bière avec nos amis pendant que Dasha et Masha écoutent "La fée des glaces" sur iPad. Liza s'approche de nous et insiste pour goûter à la bière. Impossible de lui faire changer son sujet de conversation. Elle insiste lourdement. Puis Macha, Dasha et Oleg semblent faire la course, passent par les fenêtres du balcon et se foutent de nos avertissements. Une conséquence sera prise ce soir : aucun iPad, aucun téléphone et aucun ordinateur ne sera accessible. Puis on entend Liza qui commence à s'en prendre à Dasha avec des insultes et des gestes très disgracieux. Nous étions vraiment gênés, car ce n'est pas son habitude. Je décide après plusieurs moyens et avertissements de la prendre et d'aller dans sa chambre. Elle rigole et se fout encore de tout. Je décide alors de jouer au plus têtu des deux en la tenant gentiment allongée. Elle crie, se débat et tente de donner un coup de pied. Je décide alors de faire un arrêt d'agir car ça devenait du grand n'importe quoi. Je mise le tout pour le tout et décide de l'épuiser en la faisant passer du rire aux larmes, mais sans geste, sans mot. Juste la maintenir maitrisée. À compter de ce moment, je la laisse puisqu'elle semble avoir (enfin !!) compris que je ne tolère pas ce genre de comportement. Elle décide d'aller s'isoler et pleurer à chaudes larmes dans le solarium. Je vais la surveiller de temps en temps. Dès que Dasha et nos amis sont partis, elle décide de refaire surface tranquillement, mais surement.

On prépare à souper, Liza se joint à nous et je l'ignore complètement. Une fois le repas complété, on se dirige vers le bureau et on cache tous nos appareils. Les enfants arrivent et on leur explique que suite à leur mauvais comportement, ils n'auront aucun appareil ce soir. Ce sera soirée télévision, film ou jeu de société. Les enfants ne nous croient pas et décident de fouiller tout l'appartement. Je les rappelle à l'ordre et nous insistons en disant qu'ils n'auront rien. Les mines s'affaissent, surtout celle d'Oleg. Je vais par la suite lui donner son bain. Il entre dans la baignoire et décide de piquer une mini-crise (normal puisque c'est notre première grosse conséquence). Il s'assoit dans le bain, ne s'amuse pas, ne me parle pas et lorsque je commence à le laver, il se met à pleurer de chaudes larmes. Je le regarde et je lui fais un gros bisous en lui mentionnant que cela n'enlève rien à notre amour envers lui. Je tente de le distraire, de l'amuser et ça fait son effet. Tout revient à la normale à la sortie du bain. On s'installe pour regarder la télévision. C'était une ambiance très calme et agréable. Les deux qui ont été punis aujourd'hui sont ceux qui sont venus me coller sur le divan : Oleg et Liza. Ils m'ont couverts de bisous et de câlins. Mélissa, qui a eu une excellente relation avec tous les enfants, était avec Macha sur un autre divan. Macha quant à elle, s'endormait et ne se souciait de rien. Bref, mon coeur de père était affecté lorsque j'ai haussé le ton et pris des mesures pour contrer leur mauvaise attitude. Mais en même temps, je réalise que les enfants comprennent très bien et qu'ils sont assez intelligents pour mesurer l'ampleur de leurs gestes et comprendre les conséquences que nous leur imposons. Si nous ne ferions pas cela, on pourrait voir se pointer très prochainement des enfants rois dans notre famille. Ils doivent vite comprendre que nous avons nos limites et qu'il y a des conséquences à ne pas les respecter. On appelle ça de l'éducation de base. En les couchant ce soir, les enfants nous rappellent qu'ils partiront pour le Canada ce samedi... On espère que tout cela sera vrai !!!

Ça sent le départ à plein nez

Petite mise à jour sur notre dernier billet. Une phrase a été mal tournée au sujet de la crise de Liza au parc Dream Island... C'est bien Liza qui a donné un claque aux fesses de sa mère et non l'inverse. Cette rectification était importante.

Le réveil des enfants s'est bien passé et nous nous sommes levés à 7h30. Tout le monde semble de bonne humeur, malgré la discussion que nous avons eu avec eux hier au sujet de leur maman qui se sent vraiment seule et isolée. Donc une des stratégies est de nous lever et de nous présenter ensemble devant les enfants. Ça fonctionne ! Les filles arrivent en nous donnant (à nous deux) de belles accolades et en nous appelant par nos petits noms (Pap, Mom). C'était réconfortant. Oleg et moi sommes partis faire un bout d'épicerie pour acheter du lait et des oeufs. Les enfants avaient envie d'oeufs brouillés et de gruau. Le déjeuner a été très agréable et nous avons devant nous les enfants que nous avons toujours rêvé : souriants, chaleureux, excités de partir et surtout qui s'adressent autant à Papa qu'à Maman. On leur annonce aussi que ce sera une journée à l'appartement car on souhaite ramener leur niveau d'excitation au plus bas. Avoir été dans autant d'activités avec autant de stimulations d'un coup, c'est énorme pour ces enfants. 

Nous rangeons un peu l'appartement, nous impliquons les enfants pour ranger la cuisine. Tout le monde est vraiment heureux, même si on sent que Papa est encore beaucoup dans leurs questions. Vers 10h, Natasha (l'interprète) nous appelle. Elle confirme que les passeports ukrainiens des enfants sont bien arrivés à Kiev par train. Super !!! Le dernier droit en terme de paperasses débute officiellement ! Elle me demande d'aller rejoindre Kseniya à 11h45 dans une banque afin de faire le paiement des visas canadiens avant de déposer notre demande. Puisque c'est le moment idéal et que les enfants semblent prêts pour cela, je décide de laisser Mélissa seule avec eux. Ainsi, on va voir comment les choses se passent en mon absence. Le seul "conseil" que je lui donne c'est de s'éclater, d'oublier son âge, le ménage et de ne pas avoir de structure pendant mon absence, histoire que les enfants s'amusent avec elle. Je pars vers 11h30. Kseniya m'a donné les passeports ukrainiens ainsi que les formulaires à compléter pour Citoyenneté et Immigration Canada. Nous devrons les remplir et ensuite nous déposerons nos demandes de visa de résidence temporaire (étape avant l'acceptation de citoyenneté) à l'Ambassade du Canada demain entre 9h et 10h. Kseniya me retient un peu car elle souhaite me parler de la situation entre Mélissa et les enfants. Selon elle, nous sommes un couple très sensible (ce qui est correct en soi), mais aussi un couple très organisé. Avec moi, les enfants oubliaient ce côté rigide pour s'évader un peu. Maman est aussi la figure d'une femme ce qui n'est pas relié à aucun souvenir positif chez les enfants (les nounous étaient toutes des femmes, leur mère les a abandonné...). Donc la figure féminine a toujours beaucoup plus de misère à établir des liens avec des enfants adoptés, surtout à leur âge. Autre élément, il ne faut pas parler à ces enfants comme des adultes. Ils n'ont pas le même recul, n'ont pas la même expérience ni le vocabulaire pour s'ouvrir et se vider le coeur. Ainsi, ils y vont par des actions et des gestes, comme celui de se rapprocher de Papa. Papa est aussi une des rares figures masculines que les enfants ont vu dans leur vie. Papa est synonyme de base solide, de protection et de réconfort. C'est sur tout cela que nous devons travailler. Kseniya confirme qu'il faut prendre du recul et laisser les enfants venir à nous, tout en travaillant en équipe : Papa doit ramener Maman à l'avant plan et démontrer aux enfants que c'est leur Maman pour la vie qui leur apportera tout l'amour de la maman rêvée.    

Je rentre tranquillement et je ne peux m'empêcher de penser à ce qui se passe à l'appartement. Je sonne et j'entends les enfants hurler de rire, courir partout. La porte s'ouvre avec Oleg qui s'en retourne immédiatement vers Maman qui est dans le passage, les cheveux décoiffés, les joues rouges et avec le souffle court d'une personne qui a fait un marathon. Je m'éclipse doucement vers la cuisine et fais semblant de ne rien avoir vu. Les enfants se font courir après et se font chatouiller. Ça court partout, ça crie, ça rit, c'est super émouvant pour moi car ça m'enlève une tonne de brique de mes épaules. Mélissa arrive toute souriante. Les enfants ont rétabli un beau lien avec elle. J'entends maintenant "Mom !!!!" car les enfants en redemandent. C'était le moment si attendu de la semaine ! 

En après-midi, Mélissa décide d'aller faire un peu de magasinage de souvenirs avec les filles. Oleg reste à mes côtés à l'appartement car je dois  travailler. Comble de hasard, Mélissa rencontre Kseniya en cours de route. Puis Randi, notre amie qui adopte Dasha. Le monde est petit ! Randi propose à Masha d'aller rejoindre Dasha chez eux afin de jouer. Mélissa et Liza continue leur magasinage entre filles. Ça s'est super bien déroulé. Les filles sont rentrées, l'après-midi se poursuit et nous avons du bon temps entre nous tous. Kseniya arrive vers 15h avec son fils. Le but de sa visite est de réconforter les enfants sur ce qui s'en vient pour les prochains jours. Elle leur explique que nous présenterons les demandes de visas demain et que possiblement nous aurons les visas vendredi en fin d'après-midi. Cela nous permettra de revenir au pays samedi... Les enfants semblent excités et sourient. Kseniya a le don de mettre les enfants à l'aise. Elle leur demande ce qu'ils aimeraient bien faire de leur été. C'était bien drôle.

On fait par la suite une pizza avec les enfants. Ils ont adoré !!! On se relaxe et la soirée se déroule normalement et à merveilles. Vers 21h30, notre coordonnatrice de Montréal (Nadia) nous appelle par Skype. Elle décide aussi de parler aux enfants et de les rassurer sur la notion du langage. Elle a été tout aussi géniale. C'est sur cette note que notre journée se termine. Les enfants vont autant sur Papa que sur Maman et les bisous vont partout. C'est simplement divin et délicieux. Les enfants sont tellement excités de revenir, que leur valise se trouvent déjà alignées dans le salon... On les aime, toujours, toujours et encore... Ça sent définitivement le départ.

Journée au Dream Island de Kiev

Si vous n'avez jamais vu d'enfants adoptés excités par une activité, je vous présente le Dream Island de Kiev qui est un parc aquatique situé au centre ville. Nous nous réveillons sur le coup de 7h. Les filles dorment toujours un peu tard, mais nous (les gars bien sûr), nous ouvrons le bal... Pour ceux qui se posent la question, qui se dressent sur leur siège en nous lisant depuis quelques jours et pour ceux qui s'apprêtent à faire une dénonciation à la DPJ, je vous confirme que nous faisons pas d'inceste et que nous ne répondons pas à un caprice de notre enfant. En langage d'adoption, cela s'appelle du re-marternage. On retrouve plusieurs étapes dans le re-maternage. Dans notre cas, on parle d'un enfant qui est pris avec quelques phobies, dont celle de ne pas s'endormir seul dans une énorme pièce. Gardez en tête qu'il avait pour habitude de dormir en groupe de 12 personnes. C'est donc un bris d'habitude pour un petit bonhomme qui est aussi très sensible et anxieux de par son passé. Ainsi, nous travaillons sur plusieurs aspects de son problème afin de l'aider à passer au travers. On a décidé de le faire dormir entre nous deux afin qu'il puisse passe une nuit tranquille et qu'il développe un sentiment de sécurité dans notre famille. Nous allons tester son aptitude à changer de lit sous peu. Cette étape est donc essentielle à stabiliser ses émotions et à calmer son anxiété quand l'heure du dodo approche. Cette précision étant faite, on peut vous raconter notre journée.

Les enfants en se réveillant ont encore la même attitude envers Mélissa. C'est comme très étrange. Pour moi c'est déstabilisant car je suis pris entre deux problèmes : assurer le bien-être de mes enfants afin de les faire atterrir en douceur dans notre famille et puis assurer le bien-être de notre couple et avoir une femme heureuse. Tout cela est très bancale actuellement et nous sommes en mode recherche de solutions. J'ai donc décidé de laisser toute la place à Mélissa et de m'effacer en surveillant les enfants plutôt qu'en m'amusant avec eux. Ça ne me demande aucun effort car j'ai le bien être de mes enfants et de ma femme à coeur. On part donc en métro accompagnés de nos amis Randi et Spiro avec leur fille Dasha. Je tiens Oleg et Liza par la main. Par contre Macha décide de ne pas tenir la main de sa mère en la repoussant. Très désagréable. On arrive au parc aquatique et à notre grande surprise, cela nous coûte un petit 50$ pour 5 personnes et pour toute la journée. On commence les différents bassins et l'endroit est très impressionnant par sa grandeur et sa diversité. Les enfants s'amusent. Liza avait décidé de ne pas se baigner, donc elle était en retrait avec moi. Elle semblait avoir une tête de mule aujourd'hui et ça sent le défi à plein nez. 

Les enfants s'amusent beaucoup. Mais Liza a eu une petite conversation avec sa mère au sujet d'un manque de comportement. Liza a flanqué une claque aux fesses de sa maman. Elle a aussi ignoré des directives qu'on lui avait pourtant répété. Nous étions à 2 doigts de quitter le parc. Son frère et sa soeur sont appelés en renfort et ils comprennent que leur journée est compromise. Liza se fait parler assez fort, mais elle a toujours un sourire dans la bouche et se fiche de tout. On vide encore rapidement notre sac à patience. On change de zone. Mélissa tente de jouer avec les enfants, mais elle jouera toute seule car aucun s'en allait vers elle. C'était très pénible à regarder voire désolant. J'avais le coeur gros, alors imaginez ce que Mélissa pouvait ressentir. Entre deux, Liza nous demande de se baigner et heureusement que nous avions la seconde partie de son maillot. Elle a eu beaucoup de résistance pour l'enfiler... On part manger un peu et les enfants n'ont de yeux que pour moi... On retourne s'amuser et je demande à Mélissa de me suivre. J'ai donc initié des jeux avec les enfants puis Mélissa s'est sournoisement incluse dans nos jeux avant que je m'éclipse doucement. Je dois vous avouer que les deux dernières heures étaient les plus belles. Au retour, Liza ne veut pas garder son short qu'elle conservée sous son maillot. Il est bien entendu mouillé. On lui essor le plus possible, mais elle refuse de sortir de la cabine de rechange. En voyant son insistance, je décide de quitter les lieux, tout simplement. On la voit derrière les portes et tente de nous suivre. On sort du parc et on disparait. On revient 5 minutes plus tard. À notre grande surprise, elle est entourée de gardiens de sécurité et affiche son plus beau sourire en nous voyant. Voilà Liza dans toute sa splendeur. On avait tellement besoin de cela... On quitte pour le métro et toujours pas d'enfants qui se collent à leur mère malgré les beaux moments passés dans l'eau. 

En rentrant dans l'appartement, Mélissa s'isole pour pleurer sa peine. Papa, qui a aussi le coeur gros et qui doit définitivement jouer un rôle dans cette crise décide de prendre le traducteur du iPad. Le but n'est pas de culpabiliser personne, de les punir ou de nous détruire. J'ai posé une question bien simple : "qu'arrive-t-il entre vous et maman depuis quelques jours ?". Les enfants semblent penser aux raisons qui me poussent à poser cette question et froncent les sourcils. Je continue en indiquant comment leur mère se sent actuellement et en donnant des exemples de situations. Oleg prend son air triste et peiné. Macha se met à pleurer. Ils semblent très attristés par ce qui se passe. Pourtant ils ne me donnent aucune raison valable à cette situation. On se regarde en chien de faïence et les jumeaux commencent à engueuler leur soeur pour son mauvais comportement. Puis soudainement Oleg se met à pleurer car il pense qu'on va repartir sans eux à cause de tout cela. J'ai donc calmé le jeu et Mélissa est venue nous rejoindre. Les enfants sont allés l'entourer et pleurer sur elle. La soirée a plutôt été calme et agréable, malgré le fait qu'aucun enfant n'ait été naturellement vers leur mère pour lui souhaiter bonne nuit. 

La journée continue donc d'alimenter cette inquiétude sur l'attachement avec leur mère. Nous parlons beaucoup et nous prenons la décision que Mélissa prendra le rôle de premier plan. Mélissa devra aussi oublier (ou essayer d'oublier) les derniers jours car les enfants adoptés de cet âge ont une mémoire court terme et ne peuvent penser comme des adultes. On va continuer et espérer de voir une amélioration se pointer le bout du nez. 

L'adoption, le royaume des émotions

Ce matin nous nous sommes levés avec Oleg qui était encore à nos côtés et qui nous a fait de belles accolades. Il semble qu'il dormira avec nous jusqu'à notre retour chez nous. Le but actuel était de le sécurisé, nous sentons que cela fonctionne bien. Il s'endort de plus en plus vite et de plus en plus en profondément. Le programme de la journée était d'aller au zoo de Kiev puis de finir la journée en douceur à l'appartement en visualisant un dessin animé. Vous me direz, journée parfaite pour des enfants ?  Oui, pour les enfants. Pour nous, les parents, c'est une autre paire de manche. Cela fera bientôt une semaine que nous avons les enfants à temps plein. Comme vous l'avez lu dans nos textes des derniers jours, nos enfants ont cette capacité à basculer d'une émotion à une autre, de nous faire sentir roi ou bien un simple preneur de soin. La journée d'aujourd'hui n'a pas fait exception à la règle. 

Je me suis réveillé à 5h30 avec un Oleg qui me regardait bien fièrement et avec un gros sourire. Ses nuits sont assez courtes, mais semblent bien reposantes tout de même. Il se lève puis s'habille tout de suite. En s'habillant, il remonte sur le lit et vient m'embrasser de tout son poids et soudainement il se rendort ainsi sur moi pendant une heure... C'était spécial. On se lève, les filles nous suivent quelques minutes plus tard, habillées également. On s'embrasse et pendant que je travaille à répondre à mes courriels en buvant un café, ils se branchent sur les jeux. Pas idéal vous me direz, mais encore une fois, nous ne sommes pas chez nous. Puis, Mélissa se lève et vient nous rejoindre. Fait étonnant, aucun des enfants ne lui dit bonjour. Vous pouvez imaginer le choc si vous êtes une maman comme elle. Je ne vous cacherais pas que cela l'a profondément affecté et que cela a engendré des bons flots de larmes. Je tente de la consoler. Il est vrai que Mélissa a fait beaucoup pour l'organisation des journées depuis l'arrivée des enfants. De mon côté, je l'aidais mais pas au même niveau. De mon côté, j'étais beaucoup plus le papa qui surveillait, jouait et rigolait avec eux. Sans m'en rendre compte, cela a créé une distance entre Mélissa et les enfants qui la considère comme leur nounou et non comme leur mère. 

Les filles semblent avoir les nerfs à fleur de peau. Oleg semble plus en contrôle de ses émotions et son angoisse semble moins présente. On décide donc d'aller au zoo vers 10h avec nos amis Randi et Spiro et leur fille. Même durant le trajet, tout semble froid entre les enfants et Mélissa. C'était flagrant. On arrive au zoo, les enfants semblaient plus ou moins fiers d'y être. Soudain, ils aperçoivent un mini parc de manège au sein de ce zoo. Tout est devenu ennuyeux, nul et sans intérêt. Génial ! Il est 11h, ils nous demandent une crème glacée. Réponse : non. Ils veulent aller aux manèges tout de suite. Réponse : non. On commence à voir les traits de leur visage s'étirer dans le mauvais sens. On finit par manger un peu, mais ils n'ont pas aimé leur repas (ils avaient souhaité uniquement du maïs en épi). Je peux vous assurer que notre sac à patience se vidait rapidement... On repart pour finir le tour du zoo. Il faut dire que ce zoo n'est pas extraordinaire, mais nous pensions que pour des enfants adoptés qui n'ont jamais rien vu de tel ça les aurait allumé. Et bien non, pas du tout. On leur paye une crème glacée et on arrive enfin aux manèges. Les caprices ont continué ainsi que la distance avec Mélissa. Je tentais le plus possible de rediriger les enfants à leur mère, mais rien n'y fait et les filles la repousse assez clairement. On décide de tout interrompre et de rentrer, au risque de voir leur "crisette" s'amplifier. 

Le retour a la maison a bien été malgré tout et nous avons rencontré Kseniya qui nous a remis un nouveau téléphone puisque l'ancien appareil faisait défaut. Je vous annonce aussi que cela fait 2 jours que notre petit bonhomme n'a pas réclamé de téléphoner à sa nounou. En contrepartie, nous nous rapprochons plus de lui (câlins, on le prend sur nous, on l'embrasse). Encore une fois, il a une tendance à se coller à moi. Cependant à l'inverse des filles il a beaucoup d'estime et de respect pour sa mère. Lors des évènements du zoo, il nous a protégé en engueulant ses soeurs pour leur mauvais comportement. Bref, la journée a été misérable pour Mélissa. Nous avons pris la décision que je me retire de plus en plus des relations avec les enfants et de remettre Mélissa au premier plan par divers moyens. C'est très important de changer ces choses immédiatement. En soirée, avant de souper, Mélissa discute avec ses parents sur Skype. J'en profite pour prendre l'initiative de parler aux enfants qui semblent revenus dans un état normal et plaisant. 

Je leur demande ce qui s'est passé avec Maman. Les enfants semblent étonnés de la question. Je leur avoue qu'elle semble ignorée depuis le début de la journée en donnant des exemples. Oleg nous répond qu'elle a pris des distances à cause de leur mauvais comportement. Je leur réponds que non, qu'elle les aime tout autant que moi, mais qu'elle était triste d'avoir été ignorée toute la journée, voire rejetée. J'ai bien insisté que leurs attitudes l'ont blessé. Ils décident naturellement d'aller la rejoindre dans la pièce où elle était et de lui faire des bisous. C'est ainsi qu'on doit fonctionner : en équipe. Les enfants sont des éponges et ressentent nos émotions. Ils ont une tendance naturelle à s'éloigner de vous si jamais vous êtes stressé, peureux, absent ou anxieux. De mon côté, je demande aux enfants de poser leurs questions à Maman. Ça fonctionne plutôt bien. Pour le souper, c'était notre premier poulet rôti avec patates rissolées. Le poulet au complet y est passé et les enfants en ont mangé deux fois ! Incroyable. On finit la soirée en regardant le film "Détestable moi" dans le salon. Les enfants sont collés à nous et encore une fois les filles sont un peu plus distantes. Cela sera donc notre objectif des prochains jours : rétablir l'équilibre entre Papa et Maman aux yeux des enfants. Le côté positif c'est que tous les couples vivent ces choses durant leurs premières semaines avec les enfants. Si cela ne se règle pas vite, ce sera très long voire impossible à renverser. Demain, nous irons à l'AquaPark qui est un centre d'activités intérieures avec des jeux d'eau (type Valcartier ou Centre Park)...

Notre dernier dimanche en Ukraine ?

Bon d'accord, ce titre semble bien prometteur, mais je ne veux pas me faire de fausses idées. Les passeports ukrainiens ont été demandés mardi dernier. Ils devraient être disponibles à Kherson mardi et nous êtres livrés mercredi. Par la suite, nous émettons notre demande de 3 visas pour les enfants. Le délai actuel est de 3 jours... Donc si nous faisons nos comptes il se peut que les visas soient disponibles vendredi 13 ou lundi 16 juin. C'est uniquement à cet instant que nous pourrons acheter nos billets d'avion pour notre retour au bercail. 

La soirée d'hier s'est tout de même bien déroulée. Après plusieurs heures à jouer sur différentes plate-formes, nous demandons aux enfants de décoller leurs yeux. Nous avons donc regardé des dessins animés (Bob l'éponge à leur demande) avec une crème glacée, tous collés sur le divan du salon. Liza nous a demandé un feuilleton en français. Les enfants ont repéré aisément des mots simples que nous utilisons fréquemment (merci beaucoup, bravo, bonjour, etc...). Il est 21h30, on change notre stratégie et on invite une fille à notre lit pour laisser les autres enfants dormir seuls. Oh la la ... Panique à bord. Oleg fait des yeux épouvantés. Il affirme qu'il a peur de dormir seul dans le grand salon. Il souhaite dormir avec nous. Cependant, on souhaite être juste envers les filles et leur donner la chance de coucher avec nous. Quoi faire ? Nous avons pris la décision de mettre les deux filles avec Maman et Oleg avec Papa. 

Une fois installé au lit, Oleg s'est collé sur moi comme jamais. Il me tenait les mains avec de petits spasmes. Ses yeux sautillent et son corps également. Il doit certainement rêver, mais au moins il se sent en sécurité. Vers 4h, il se réveille brutalement puis voit que je m'ouvre les yeux. Il se retourne et saute sur moi afin de me faire de gros câlins. Il me serre fort et se remet à dormir immédiatement sur moi, tel un gros bébé. Durant les prochaines heures, il ne me lâche pas. C'est clair que cet enfant vit beaucoup d'anxiété de l'intérieur. Hier soir, nous lui avons signifié que notre rôle est de le sécuriser et de l'amener à exprimer ses émotions aussi souvent que possible. Nous lui avons fait comprendre que de tout garder en lui n'est pas la solution et que le rôle d'un Papa et d'une Maman c'est d'écouter leurs enfants pour mieux les comprendre et les guider. Tout devra être surveillé de près pour son anxiété une fois rendu chez nous.

Hier soir, nous avons aussi contacté nos personnes ressources à Montréal et ici en Ukraine afin de leur demander de contacter la nounou d'Oleg afin de lui demander de nous aider en diminuant la fréquence et la longueur des appels. Nous sommes conscient de ce qu'elle représentait à ses yeux, mais une coupure doit se faire le plus tôt possible pour éviter un problème d'attachement avec nous, mais aussi pour garantir sa bonne intégration à notre pays et à notre vie. On nous a confirmé que cette femme allait être contactée afin de lui demander son aide et pour lui dire que tout ce qui se passe entre elle et Oleg n'aide en rien son adoption. Si elle l'aime vraiment, elle doit le laisser partir et le soutenir afin qu'il se rapproche encore plus de nous. À suivre, mais il se peut que cela prenne un peu de temps... Les filles quant à elles n'ont pas ces soucis, elles sont bien accrochées à nous et parlent un peu plus français chaque jour. Ce qui était drôle hier d'ailleurs, c'est qu'elles reprenaient leur frère pour lui signifier qu'on doit appeler Pascal "Papa" et Mélissa "Maman". Il se rebelle contre cela, même si plus tard dans la soirée il a commencé à utiliser les bons mots. La patience est de mise !

Aujourd'hui, nous avons fait notre épicerie et nous sommes allez marcher au centre-ville pour nous procurer quelques bonbons et chocolats Roshen, spécialités ukrainiennes. Nous nous sommes aussi arrêtés dans une boutique de jeu afin d'offrir aux enfants un cadeau chacun : un légo (quelle surprise !) pour Oleg, des poupées pour les filles. Les enfants ont été très agréables. Puis, après notre dîner, nous et nos amis Randi et Spiro avec leur nouvelle cocotte prénommée Dasha, se sont rendus sur la plage d'Hydropark. C'était une journée chaude et cuisante. Les coups de soleil ont été un peu atténués par la crème solaire. Après une bonne crème glacée, nous sommes rentrés chez nous.

Les enfants ont soupé tranquillement et je vous précise qu'Oleg n'a pas appelé sa nounou de la journée ! Notre coordonnatrice nous confirme également qu'elle a parlé avec cette nounou. Le ton de leur conversation était animé voire assez raide. Elle ne comprend pas pourquoi cela affecte Oleg et pourquoi elle serait la coupable. Elle n'est pas coupable de rien, c'est juste que ces appels affectent l'attachement d'Oleg à notre famille et perturbent son équilibre. Il a besoin de se sentir en sécurité, aimé et soutenu. On verra bien pour les autres jours. Fait cocasse, Oleg m'a demandé après son bain d'essayer de se raser avec mon rasoir et ma mousse à barbe. Croyez-moi ou non, c'était un moment divin...

Une journée déchirante et bipolaire

La journée a commencé comme d'habitude avec une levée des corps vers 7h30. Les enfants se lèvent tranquillement et nous préparons un petit déjeuner classique. On sent que les enfants sont d'une drôle d'humeur et qu'ils sont à fleur de peau. Les plats servis ne leur plaisent pas, ils ont l'air grincheux et ne semblent pas très décidés de rien faire. Oleg sort de table en allant mettre ses chaussures et en me montrant le colis qu'il souhaite envoyer à sa nounou. Il semble si anxieux et empressé d'y aller. Premièrement je lui demande de ne jamais sortir sans mon autorisation (l'appartement est verrouillé par un loquet, pas par une serrure), puis je lui annonce qu'on est samedi et que les bureaux de poste sont fermés jusqu'à mardi (lundi étant la fête de la Ste-Trinité). Il part en mini-crise. Il essaie de me convaincre du contraire et utilise tous les moyens de me convaincre d'y aller maintenant. Nous trouvons la situation très pénible car ça nous questionne sur beaucoup de choses. La fatigue s'ajoutant en plus, nous avons les nerfs à fleur de peau.

Par la suite Liza décide de ne pas s'habiller et décide de bouder pour une raison inconnue. On tente par tous les moyens de l'inciter, mais rien n'y fait. On patiente, mais on perd patience. On dîne sans que personne ne mange rien, bref le genre de journée où rien ne fonctionne. Après manger, nous partons à la conquête d'un bureau de poste. Nous en trouvons un sur la place Maïdan. Oleg a retrouvé son sourire. Macha a plusieurs fois demandé à Oleg de m'appeler Papa. Mais Oleg persiste et signe en m'appelant Papa (selon lui c'est du pareil au même). En revenant à l'appartement, Oleg décide de la rappeler à nouveau. Je ne vous cacherais pas que cela mine notre moral et notre positivisme habituel. Nous sommes pris  au dépourvu et nous avons le moral à terre. Une fille qui fait la tête pour une raison inconnue, un fils qui ne cesse d'appeler son ex (nounou) et heureusement qui nous reste Macha qui semble pris entre deux chaises.

Par la suite on dit aux enfants que puisque le comportement de Liza n'est pas terrible, nous resterons à l'appartement aujourd'hui (les enfants souhaitaient aller à la plage de nouveau). Immédiatement Oleg et Macha sont allés négocier avec leur soeur afin que le tout puisse se dénouer. Rien n'y fait. Macha s'isole et Oleg par à pleurer dans sa chambre. Une journée de fous vous dites ? Absolument et plus encore ! Je vais aller consoler Oleg et décide d'amener mon super outil de traduction Google. On finit par savoir que Liza a souvent un comportement de la sorte. Nous décidons alors de partir au parc avec Macha et Oleg uniquement. Liza restera à l'appartement avec Maman. Nous avons donc été au parc, mangé une crème glacée et sommes revenus sous un orage fort. Liza était toujours en mode crise après plusieurs heures... Nous avons pensé à rapporter une crème glacée pour Maman et Liza, au cas où la crise serait passée. 

Soudain pour une raison inconnue, Liza vient à moi et décide de se laisser approcher. J'ai malheureusement (ou heureusement, je ne sais) craqué devant eux en versant quelques larmes synonyme d'un symptôme "au bout du rouleau". Liza et Macha sautent sur moi et me réconfortent avec des bisous et en m'essuyant les yeux. Oleg ne se rend compte de rien car il s'amuse avec le iPad et venait de terminer un autre appel (cours cette fois-ci) avec sa nounou... Quand on vous dit que l'adoption ce sont des montagnes russes d'émotions, c'est si vrai. Les enfants ce soir sont redevenus ceux qu'on a vu pendant plusieurs semaines. Hier, Kseniya nous disait que l'adoption commence réellement actuellement : les enfants cherchent à connaître notre vie de famille, à comprendre nos caractères, à connaitre nos limites, etc... Cela passe donc par des réactions étranges. De plus, il faut aussi comprendre qu'ils ont été arrachés d'un milieu qui semblait pas si mal. Mais la vie à Kiev avant l'arrivée à la maison est assez débile. Il faut occuper ces enfants et surtout leur prouver constamment qu'ils ont fait le bon choix en décidant de venir avec nous. Oui on les aime, mais maudit que c'est du travail pour nos émotions et nos nerfs !

Une journée à la plage

Nous nous réveillons pour la première fois avec un petit coco entre nous deux, j'ai nommé Oleg... Les mains sur le torse, une jambe sur Papa, l'autre sur Maman et un visage d'un bébé bien reposé. Le sentiment est indescriptible. Cet enfant a définitivement un niveau de confiance et de confort avec nous qui est palpable. On se lève tous vers 7h30. La journée est superbe et s'annonce très chaude. Je demande aux enfants s'ils souhaitent de bonnes crêpes et me répondent oui sans hésiter aucunement. Macha tournait les crêpes, Liza versait la pâte dans la poêle et Oleg a installé la table avec Nutella, confiture, fruits et sirop d'érable.

Nous avons fait un peu de rangement, les enfants joués et nous avons fait un peu de cuisine. Les filles ont aidé Maman à faire le dîner. Par la suite, nous avons dit aux enfants que suite à la belle soirée d'hier, ils avaient le droit à une belle surprise : aujourd'hui c'est direction la plage de Hydropark. C'est un superbe site de sable fin avec toutes les commodités (cabines, chaises longues, restaurants, parc d'attraction...) pour toute la famille. Les enfants avaient enfilé leur maillot de bain et avaient leurs lunettes de plongée autour du cou. Nous prenons le métro entre la place Maïdan et la station Hydropark (4 stations). Les enfants et nous avons découvert le métro de Kiev. C'est un réseau extrêmement profond avec des escaliers automatiques très très longs. Il y a une foule immense. Les enfants ne paient pas pour le métro et nous payons 0,20$ par adulte pour un trajet. Vraiment pas cher. La plage d'Hydropark est publique et gratuite. 

Nous nous installons, les enfants sont protégés avec leur crème solaire et leurs lunettes. Ils se dirigent tout droit dans l'eau qui est un peu froide, mais pas glaciale. C'est une eau de rivière (brunâtre) avec du sable et de la glaise mélangés. Les enfants barbotent et adorent le contact avec l'eau. Nos enfants ne savent pas nager, et nous nous en sommes rendus compte quand Macha a perdu pieds. Heureusement que nous étions proches pour la débarquer de cette zone. Par la suite, on a bien fait attention de les garder proches de la plage.  Nous avons sorti le ballon, nous avons fait des batailles de sable mouillé. Par la suite les enfants ont construit des châteaux de sable, ont fait la chasse aux petits coquillages blancs et ont fait d'innombrables allers et retours dans l'eau. On rentre sur le tard et les enfants sont épuisés. Oleg pensait qu'on allait manger sur place, mais nous avons signifiés que non, on allait souper à la maison. Il faisait un peu (beaucoup) la tête. Il m'a tenu tête, mais a vite fait face à un mur. Il se dirigeait dans le sens inverse pour aller rejoindre la station de métro. Je l'appelle, il ne me répond pas. Je le rappelle, toujours rien. Je cris son nom d'un ton ferme et très fortement. Il n'a pas eu le choix de se retourner et a été très surpris de ma réaction. Bon, voilà que Mme Discipline fait son entrée dans notre vie...

On rentre à la maison et tout était oublié. Cela nous confirme qu'il faut être ferme. On donne le bain et les enfants sont toujours aussi fous de la baignoire en angle. On fait le souper, puis on les couche encore vers 21h30. Oleg nous demande a nouveau de coucher dans notre lit. Puisque nous ne sommes pas encore chez nous et que les enfants vivent beaucoup d'insécurité, nous préférons y aller ainsi. Bien entendu, une fois rendus chez nous, on ajustera le tir. Oleg appelle toujours sa nounou le matin et le soir. Nous décidons d'appeler Kseniya afin de lui signifier notre inquiétude et notre énervement face à cette situation qui nous dépasse un peu. Kseniya et Natasha (notre première traductrice) arrivent vers 21h. Elles prennent beaucoup de temps pour nous expliquer que cela peut arriver, surtout avec un enfant sensible comme Oleg et avec un orphelinat qui fournissait d'aussi belles conditions pour les enfants. Elle nous demande d'être patients, de prendre du recul et de réaliser que cela n'enlève rien à son amour envers nous ou bien à son engagement d'être adopté ou encore de venir s'établir au Canada. Nous verrons bien... Par contre Oleg nous a demandé d'envoyer 3 souvenirs qu'on avait achetés afin de les envoyer à sa nounou. À suivre...

Notre première journée en famille à Kiev

Après 12h d'un périple en train depuis Kiev, nous sommes finalement arrivés à notre seconde étape de notre voyage. Kseniya nous attendait avec le chauffeur Viktor. Les enfants sont épuisés ce qui s'en ressent sur leur attitude. Nous allons découvrir notre appartement. Il s'agit d'un très vaste appartement de 3 chambres, 1 salle de bain, 1 salon et 1 cuisine. C'est très vaste. Les enfants ont adoré la place et ont immédiatement pris possession de leur chambre respective. Nous avons pris la décision de nous rafraichir avant d'aller faire un petit tour. 

Une fois que nous avons rapidement déjeuner, nous sommes allés faire un petit bout d'épicerie dans un supermarché situé sous la place Maïdan. Les enfants ont donc découvert cette place rendue très anarchique, mais aussi l'épicerie. Pour la place Maïdan, nous avons vu nos enfants se crisper, nous serrer très fort la main et se parler de toutes sortes de choses. Ils ont même vu une affiche de Poutine et je peux vous dire qu'ils ont lâché un bon nombre d'insultes sur lui. Étrange pour des enfants de 9-10 ans. Par la suite, nous descendons au supermarché. La joie de faire l'épicerie le ventre vide, mais aussi avec trois petits loups qui découvrent tous les produits alimentaires possibles. Ils souhaitaient tout et rien. J'ai fini par leur donner mon panier et mon porte-feuille. À la blague, je leur ai dit qu'ils pouvaient tout acheter en me moquant d'eux. Ils l'ont un peu mal pris sur le coup, mais on a fini par en rigoler. C'est rentré dans l'ordre assez vite. Savoir dire "non", voici notre premier rôle... Pas évident, mais crucial. 

On rentre tranquillement, et on donne le bain aux enfants. Ils adorent aller dans le bain, ajouter beaucoup de bulles et s'amuser comme des enfants de 3-4 ans. C'est fascinant. Les filles sont même restées 1h30 dans l'eau pour en ressortir toutes ratatinées. Le soir se déroule super bien. Grâce à notre nouvel ami, j'ai nommé Google Translate, les enfants peuvent écrire manuellement, au clavier et parler au iPad pour une traduction vers le français. Très performant. Juste avant de nous coucher, nous avons fait une période questions/réponses avec cet outil. Les enfants ont adoré. Nous leur confirmons à nouveau que nous les aimons et les aimerons pour toujours. Oleg réplique : ça, on le savait. On leur dit ensuite que ce sont de beaux enfants et qu'ils sont agréables. Macha répond qu'elle est super heureuse avec Papa et Maman. Liza reste silencieuse mais reste très à l'écoute. Oleg finit par nous poser une question finale : est-ce que je peux dormir avec Papa ? On se regarde et on répond que oui. Puis il accepte de venir dans notre lit pour la prochaine nuit. Il était heureux comme un poisson dans l'eau. Les filles se sont couchées et tout le monde dormait vers 21h30. Ça fera du bien au moral des troupes, car les enfants avaient un peu de sauts d'humeur, c'est normal avec leur fatigue.

Autre fait intéressant, Oleg appelle son ancienne nounou tous les jours, une fois le matin et une fois le soir. Nous trouvons la situation un peu étrange car cela arrive toujours quand le niveau d'activité est au plus bas. Nous écoutons sa conversation. Il ne se cache pas et demande toujours le téléphone sans qu'il appelle en cachette. Ça nous touche beaucoup de savoir qu'il a encore ce réflexe. Nous en parlons aux coordonnatrices. Elles disent que cela est normal. Nos enfants ont été élevés dans un orphelinat avec toutes les commodités et avec des nounous qui sont demeurées les mêmes depuis 7 ans. Cela amène les enfants à bâtir de solides relations affectives avec leurs nounous et leurs amis. On nous confirme que c'est important de ne pas briser ce lien car il ne comprendrait pas. Pour lui, c'est une amie, une maman et il se trouve aussi coupable de la laisser ici alors qu'elle a tout fait pour bien s'en occuper. Je vous assure que ça nous brise le coeur, mais nous devons avoir beaucoup de compassion, de patience et de nerfs... 

Le plus beau jour de notre vie, c'est maintenant !

Il est 6h du matin. Le soleil est levé depuis plus d'une heure et demie à Kherson. Je m'ouvre tranquillement les yeux. J'entends Liza qui se lève pour aller aux toilettes. Je me lève doucement. Je vais dans le salon. Les enfants ont les yeux grand ouverts. Leur sourire m'envoie tellement d'amour, que ça me bouleverse le coeur. Ils sont craquants et semblent très à l'aise. Je vous assure que ça vous allume une journée comme il faut ! Puis, je fais ma tournée de bisous et de câlins. Ça, c'est notre dose d'amour et je m'imagine 7 ans à s'être endormis et réveillés sans ces moments. Sans commentaire... Je leur demande ensuite de venir voir Maman qui dort profondément. Les filles caressent son visage. Maman dort à poings fermés. Soudain, Oleg et Macha grimpent sur le lit et font de la trampoline. Toutes ces petites vies, ça réveille une maman sans aucun effort. Maman s'ouvre les yeux, mouillés d'émerveillement et d'amour. Bon matin à la nouvelle famille !!

Les enfants se lèvent tranquillement et nous préparons un petit déjeuner. Ils sont très énervés et semblent vouloir tout faire pour ne pas perdre une minute : manger en jouant, se laver en mangeant, courir en buvant, bref hourra l'ordre dans l'appartement et la maison. C'est comme s'ils se sentent libres et sans limite. Ils vivent chacune de leurs nouvelles minutes à fond. Vite, la journée va passer vite car nous devons boucler notre tonne de bagages. C'est pas évident de faire comprendre aux enfants pourquoi tout va si vite, surtout quand vous n'avez plus d'interprète. Les enfants ne semblent pas écouter nos consignes et sont vraiment fous comme des balais. Mais leur joie de vivre est si agréable à voir. On part ensuite au marché pour finaliser quelques achats en prévision de notre voyage en train. Les enfants n'ont pas trop aimé marcher dans un endroit aussi achalandé. Ils nous tenaient par la main et semblaient crispés. Nous avons vite compris ce signe et sommes rentrées rapidement. 

10h : je dois aller avec Oxanna à la banque afin de faire fermer les comptes d'épargne des enfants. Sauf, que la banque est en face de l'orphelinat. On a décidé de ne pas y aller avec les enfants pour des raisons que vous comprendrez. Nous y sommes allés chacun notre tour. Dès que je suis arrivé sur place, nous avons fait un détour à l'orphelinat pour récupérer nos derniers papiers, dont les certificats de baptême des enfants. Je ne sais pas comment vous le dire, mais j'ai eu une montagne d'émotions qui est venue m'envahir. C'est comme si je me remémorait tous les souvenirs, toutes les journées, toutes les personnes, tous les rires et les larmes que nous avons vécu en 5 semaines. C'était profondément touchant et les larmes sont encore venues me chercher. Maintenant les enfants ne sont plus là, mais bien chez nous. 

14h : Oxanna vient nous rejoindre pour une dernière fois à l'appartement. Elle avait un sac et nous offre une magnifique nappe brodée à la main par elle et sa soeur. Incroyable. Elle nous offre également deux boîtes de caviar de saumon que Mélissa adore. On peut dire qu'on a eu la perle des traductrices. Par la suite, elle parle rapidement aux enfants qui jouaient et leur a envoyé ses derniers voeux. Elle a les yeux mouillés, se retire rapidement et nous précise qu'elle doit partir vite, car c'est beaucoup trop d'émotions pour elle. Elle nous serre très fort et nous partons à pleurer. Cette femme a vraiment joué un rôle prépondérant dans tout le processus, elle a été le pont entre nous et nos enfants et elle a été d'une efficacité redoutable pour la préparation des papiers. Nous ne t'oublierons jamais Oxanna, jamais !

17h45 : Oleg vient nous chercher. Nous devons descendre nos nombreuses valises. On commence par descendre les sacs légers, puis les sacs lourds. C'est à cet instant que l'ascenseur s'est mis à ne plus fonctionner. Chouette ! Nous descendons le tout à la main. Je fais un premier voyage avec lui pour apporter uniquement les valises sur le quai de la gare. La maman de notre chauffeur nous attendait car elle souhaitait vivre ce moment intense. Quelques minutes plus tard, Mélissa et les enfants arrivent. C'est le moment de nous installer dans le train et de dire au revoir à Oleg. Oh que les larmes se sont remises à couler. Oleg a été comme un grand papa pour ces enfants qui adoraient sa personne et son auto. Les enfants lui ont fait de belles accolades et nous montons rejoindre nos cabines. L'instant est très émouvant et nous faisons nos derniers adieux à Oleg, mais aussi à Kherson. À 19h, une page de notre aventure vient de se tourner. 

Par la suite, nous mangeons un peu et nous ressentons que les enfants ont un petit blues passager. Par la suite, les enfants bavardent intensément et observent les paysages verdoyants. Ensuite, nous allons rejoindre nos cabines : les filles ensemble et les gars ensemble. Oleg s'est endormis seulement à 11h30 (mort de fatigue) car il se tenait éveillé pour profiter de tous les kilomètres. À un certain moment, il s'est exclamé "Papa, regarde on arrive à New York !" tellement les lumières d'une grande ville l'ont émerveillées. On a bien rigolé. On se couche enfin. En plein milieu de la nuit, je me suis ouvert les yeux et suis tombé sur Oleg en plein sommeil. On aurait dit un bébé qui dormait si tranquillement. Il semblait bien. Je n'ai pu m'empêcher de verser quelques larmes en le voyant. Nous sommes si chanceux d'avoir trois beaux enfants en santé. C'est très touchant d'avoir reçu un si beau cadeau de la vie. On se couche car il reste encore beaucoup de chemin avant d'arriver à Kiev demain matin...

Le jour le plus long, mais le plus beau...

Aujourd'hui c'est probablement le plus jour de notre vie que nous allons connaitre. Pour faire un parallèle, c'est comme si Mélissa avait perdu ses eaux et qu'elle allait accoucher de 3 beaux enfants. La nuit a été très courte, car nous avons finalisé nos valises. Nous nous sommes couchés un peu après 2h du matin... Le réveil a été brutal vers 6h30. Nous avons rendez-vous à compter de 7h30 en bas de notre immeuble. Donc, après avoir fait de notre mieux pour ne pas paraitre trop fatigués, on se présente à notre taxi à l'heure consentie.

  • 7h30 : départ vers le bureau de l'état-civil de Bilozerka qui est la localité de naissance de nos enfants. Le but est de procéder aux changements de nom dans leur acte de naissance, mais aussi de récupérer leur certificat d'adoption. Nous arrivons au bureau de l'état civil à 8h15. Oxanna donne tous les papiers (nous rappelons que nous avons 3 enfants, donc ça prendra trois fois plus de temps pour obtenir les papiers). Nous attendons bien gentiment dans l'auto. Le temps passe et il est bien long. Oxanna ressort et la pluie abondante se met à tomber. Elle nous annonce que l'on doit attendre environ 1-1h30 afin que le tout soit prêt, à moins qu'il y ait un problème avec le serveur central. On tente de trouver un petit café, mais rien de bien palpitant en vue. On retourne au bureau. On attend et on attend et on attend... toujours... Au bout d'une autre heure, les actes de naissance sont finalement prêts. Par contre, le serveur semble éprouver des difficultés et les certificats d'adoption ne sont pas encore imprimés. Nous devrons revenir en début d'après-midi.
  • 10h30 : on rentre sur Kherson puisque nous devons aller au bureau central afin de demander un changement de nom à leur numéro national d'identité. Cela nous a pris environ 1h et tout était réglé.
  • 11h30 : on retourne à Bilozerka pour récupérer les certificats d'adoption. Tout est fin prêt.
  • 12h30 : petit lunch afin de reprendre nos énergies.
  • 13h30 : magasinage des fleurs pour la directrice et d'autres personnes importantes selon les enfants, achat de maillots de bain, etc...
  • 14h30 : retour à l'appartement pour prendre les vêtements des enfants.
  • 15h15 : dernière arrivée à l'orphelinat. Nous ne savons pas à quoi nous attendre, à quelles émotions nous allons faire face. On rencontre Liza à l'infirmerie. Elle semble très souriante. Les infirmières semblent émues de son départ. On monte voir les jumeaux. Vénéra est en train d'écrire dans notre livre d'adoption. L'ambiance est un peu lourde. Nous montrons les vêtements à nos enfants qui s'empressent de les enfiler. Tout leur va à ravir. Les sourires sont au rendez-vous. 
  • 16h : on tente de partir, mais on sent que les nounous (Vénéra, Lilia) et quelques amis ont les émotions décuplées. Lilia part à pleurer et cela a automatiquement entrainé Oleg dans une mélancolie sans précédent. Il est devenu très différent, inconsolable et très déprimé. C'en était très dérangeant puisque cela ne correspondait pas au petit gars que nous avons vu la veille voire quelques minutes plus tôt. Liza et Macha sont aux anges et ne comprennent pas le comportement de leur frère. Mélissa fait de longues accolades aux nounous, moi je suis les enfants et je tente de ne pas lâcher mes larmes. J'ai réussi du mieux que j'ai pu car j'étais très perturbé de voir la lourde peine qu'éprouvait Oleg. On marche tranquillement vers l'auto. Oleg toujours en grosses larmes. 

Par la suite on part au bureau des passeports. Oleg semble un peu plus calme, mais pose toujours les mêmes questions. Il semble déstabilisé voire coupable d'avoir laissé les personnes qui comptent beaucoup pour lui (ses amis et ses nounous, surtout Lilia). Au bureau des passeports, il retombe en crise de larmes. Il était très difficile de le calmer. Pauvre lui, qu'a-t-il bien pu se passer ? Ses soeurs lui demande s'il veut rester ici ou venir avec elles au Canada et clairement il répond qu'il ne souhaite plus partir. Oh oh !!! Mon petit doigt me dit que nous sommes en mode panique. Je parle avec Oxanna qui me confirme que ce sont souvent des réactions normales pour des enfants de leur âge. Ils réalisent beaucoup de choses et ils ont eu le temps depuis hier d'écouter des amis et des adultes parler de leurs peines. Cela est assez de poids sur les épaules pour se sentir mal de partir. Ça l'a remis beaucoup en question et ça l'a ébranlé au plus profond de lui. Mélissa l'isole un peu et va voir le chauffeur avec lui. Ça semble aller mieux. Première chose qu'il fait : supprimer la vidéo de départ de l'orphelinat (désolé !!). Impossible de le réprimander, il est en gestion de crise. Cependant, il semble que ce simple geste l'a aidé à passer au travers. On rentre tranquillement vers notre appartement. Les enfants semblent reprendre leur air naturel et joyeux qu'on leur connait.

En arrivant, c'est Oleg qui a appuyé sur l'ascenseur et qui a ouvert les portes de l'appartement. Soudain, nos enfants sont devenus nos enfants. Basta les larmes, au rancart la nostalgie et les sauts d'humeur. Ils se sont excités pour peu de choses, ils ont ouverts toutes les armoires, ont scruté tous les recoins et nous ont sauté dans les bras. Oxanna s'est éclipsée doucement... C'était un moment magique car c'est exactement à cet instant qu'on s'est dit que nous avions des enfants pour toujours. Leur chimie faisait plaisir à voir. On a préparé un gâteau aux bananes, puis un plat de pâtes aux tomates. Les filles ont adoré m'aider à la cuisine. Oleg a été sur son iPad seul. Nous avons préféré ne pas le déranger afin qu'il puisse rependre ses émotions. Puis est venu le temps de la douche et sans hésiter les filles ont pris leur douche en présence de Mélissa et Oleg en ma présence. La douche et le bain ont un effet monstre. C'est trop mignon à voir. Les filles se sont mis le parfum de maman, Oleg a aussi fait la même chose avec moi. On les a ensuite installé sur le sofa du salon. Nous leur avons offert un cadeau important pour nous : chaque enfant a reçu une lettre écrite à la main en Ukrainien (traduction et gracieuseté d'Oxanna) ainsi qu'un petit pendentif (pour les filles) et une montre (pour Oleg). Ils nous ont sauté au cou et leurs sourires en disaient long. Liza a complètement changé : elle est plus proche de nous, sourit plus et nous colle beaucoup. Nous avons pris quelques minutes pour contacter les grands-parents sur Skype. Ils ont été adorables et très souriants. On sentait qu'ils avaient hâte à ce moment. Les "je t'aime" ont éclaté de tous bords. Trop mignon !

On fait notre premier souper en famille. Les enfants sont simplement adorables et agréables. Ils sont tout de même excités comme des mouches. Le repas n'a pas aidé pour les alimenter en énergie... On essaie de les calmer un peu, j'ai bien dit un peu... Il est minuit, et on entend encore les enfants se parler, se raconter leur passé et leurs émotions. On ne peut pas s'empêcher de les écouter. On entend les mots "maman", "papa", "Canada"... Leur ton est calme et ils semblent avoir une discussion des plus agréables. Après tout, cela fait 7 ans qu'ils n'ont pas dormi dans la même chambre. Ils ont certainement des tonnes de choses à se dire, de joies et d'inquiétudes à se partager. L'avantage d'une fratrie, c'est bien de voir les plus optimistes de soutenir le plus faible. Nous les aimons plus qu'avant et nous annonçons officiellement le début de notre vie de famille. Oui, nous sommes épuisés et vidés, mais nous sommes les plus fiers du monde. Bonne nuit et à demain !

Une fête d'adieu mémorable

Aujourd'hui c'est la journée où les émotions sont aussi imprévisibles que les suites d'évènements. Nous savons que nous devons organiser une petite fête d'adieu dans le groupe de nos enfants (on parle de 32 enfants et de 10 nounous à remercier). Oxanna nous appelle en disant qu'elle se dirige à la cour afin d'aller chercher notre jugement. Même si celui-ci entre en vigueur le 3 juin, elle a pu l'obtenir. De ce fait, elle l'a présenté à l'inspectrice de la ville afin d'obtenir les actes de naissance originaux des enfants. Ainsi, dès 7h30 demain matin, nous pourrons parcourir les différents bureaux pour demander le passeport, le nouveau certificat de naissance (obligatoire pour sortir les enfants de l'orphelinat) et le certificat d'adoption. Nous pourrons aller chercher nos enfants en milieu d'après-midi. On nous précise que nous devrons leur apporter leurs nouveaux vêtements car ils ne repartiront avec rien (aucun sous-vêtement, aucune barrette, rien !). 

Ce matin, nous avons préparé notre salade de fruits, Oxanna a commandé 10 pizzas et nous avons finalisé les cadeaux aux enfants (oeuf Kinder, bonbons et chocolats) et les cadeaux aux nounous (bouquets de 3 roses et un petit sac avec des chocolats). Par contre, les enfants nous ont indiqué qu'ils souhaitent remercier plus particulièrement 4 personnes : leurs nounous Vénéria, Nadia et Lilia, mais aussi la plus grande du groupe (Sacha) qui a été comme leur grande soeur, leur confidente. Donc, on décide d'aller leur acheter un petit bracelet afin qu'elles puissent garder un souvenir physique du passage de Liza, Macha et Oleg dans leur vie. Tout semble fin prêt, même si on n'a pas encore pris le temps de manger. On doit partir, il est 14h. Notre chauffeur nous attend. On passe chez la fleuriste, puis à la pizzeria, puis nous avons un appel d'Oxanna. Elle a parlé à la directrice qui nous confirme qu'on ne pourra apporter de crème glacée. Donc on change de plan et Oxanna nous a recommandé des biscuits. Nous arrivons à l'orphelinat et nous avons les papillons dans le ventre. Nous avions tellement de sacs, c'était fou !

On entre et on se fait courser par la gentille infirmière (sarcasme !!) qui nous demande si nous avons de la crème glacée. Bien sûr que non Madame ! On continue notre chemin et on arrive dans le groupe. Nos enfants viennent immédiatement nous aider et prennent les fleurs pour les mettre dans l'eau, puis les sacs pour les mettre dans un endroit où personne ne pourra y toucher. Seule Liza semble triste... Vénéria et Oxanna lui demandent ce qui se passe. Elle pensait que nous allions partir avec eux après la fête. Mais non, on viendra les chercher demain ! Quelle déception nous pouvions lire dans ses yeux. C'était monumental. Elle a rompu ses liens avec tout le monde, sauf nous. Elle dégageait un beau sourire lorsqu'on était avec elle. Les enfants nous collent, veulent se faire prendre et sont très distants des autres amis. C'est flagrant et probablement une façon de se protéger. On joue et on rigole beaucoup. On nous annonce qu'on mangera plus tard car les enfants ont une représentation supplémentaire de leur spectacle d'hier (un imprévu !). Mais nos enfants ont été exemptés. Fiou ! On reste avec eux, on prend des photos, on se colle, on se roule à terre, bref on s'aime tout simplement. Oleg m'emmène dans son dortoir, fait le fou et se roule sur les lits et me faisant signe qu'il s'en moquait... Puis il prend le calendrier et on compte les jours. Il a tellement hâte d'aller au Canada !

Les enfants reviennent de leur spectacle. Vénéra les réunit autour de Liza, Macha et Oleg avant de faire une petite allocution. Elle souhaite expliquer qu'on a préparé un petit repas d'adieu puisque les enfants quitteront demain pour toujours. Son discours était chargé en émotions de toutes sortes. C'était hyper touchant. C'est à ce moment que les larmes n'ont pu s'empêcher de couler. On écoutait avec attention Oxanna qui traduisait le tout. Par la suite, elle a laissé la parole aux amis du groupe qui ont tous fait des voeux pour nos enfants. C'était un pur délire d'émotions fortes et c'est dur à croire que des enfants puissent être si profonds. Un des petits, Jaina, a éclaté en sanglots et est demeuré inconsolable. Il dit qu'il a perdu ses meilleurs amis pour toujours. Ça nous a fendu le coeur tellement sa peine était à vif. Lilia a essayé de le consoler, mais elle s'est mise à pleurer, tout comme l'ensemble des adultes dans la salle. C'était un long quart d'heure de voeux et nos enfants semblaient à la fois distants, heureux et un peu touchés par les larmes que nous avions sur nos visages. Soudain, Oleg et Liza éclatent en sanglots car la charge émotive était probablement trop forte. Ils sont allés à leur place pour manger, mais ils n'ont jamais remercier quiconque, ni dit un mot pour expliquer ce qu'ils ressentaient. Cela a pris presque 10 minutes pour que les émotions puissent retomber.

Nous nous mettons à table, c'était un silence de mort. Même les cérémonies au salon funéraire sont plus animées. On sentait tout le poids de ce départ. Nous avons essayé de sortir un mot pour les remercier, mais nous sommes partis à pleurer comme des bébés inconsolables. Nous ressentons la joie d'une vie meilleure, mais aussi la peine de ces nombreux enfants qui n'auront probablement pas la chance d'avoir des parents un jour. C'était vibrant et cela m'a pris toute mon énergie pour arriver à aligner des mots. J'étais paralysés par les émotions. On a fini par leur dire que nous sommes très reconnaissants de l'amour qu'ils ont donné à nos enfants et surtout d'avoir faits d'eux les êtres qu'ils sont devenus : touchants, drôles, adorables, humains et courageux. Nous sommes en admiration totale pour ces femmes qui ont eu un coeur de maman, un coeur d'ange pour avoir accueilli nos enfants il y a 7 ans déjà. On finit par manger et nous faisons signe à nos enfants qu'ils peuvent aller chercher les cadeaux pour les nounous. Toutes étaient très fières. Nous nous mettons à l'écart pour remettre les petits cadeaux à Sacha et aux nounous. 

Lilia nous fait une confidence car elle est encore sous le choc, les yeux encore mouillés par sa peine et sa joie. Elle me regarde droit dans les yeux en m'avouant qu'elle a de la misère à croire qu'Oleg a trouvé des parents comme nous. Selon elle, Oleg me ressemble non seulement physiquement, mais intérieurement. C'est une bénédiction du ciel et la réponse à des années de prières pour ces enfants. Comment pouvez-vous rester insensible à de tels propos. Vénéra nous dit qu'on a gagné sur toute la ligne car en 20 et quelques années d'expériences en adoption, nous sommes probablement le 3e couple qui a demandé autant de renseignements sur le passé des enfants, leur caractère, leurs habitudes, etc... Elle trouve que nous formons une famille naturellement bien ensemble. Wow, tous ces moments ont été un tsunami d'amour et nous étions les parents les plus fiers du monde. On décide d'accélérer le pas car il se fait tard (17h30). On voit le souper arriver des cuisines : macaronis trop cuits, saucisse salami, compote et thé. Je comprends que les enfants aiment nos petits plats ! On sort un peu dehors pour s'amuser, seuls en famille. Ça nous a fait du bien et ce qui nous frappe c'est l'intérêt encore plus marqués de parler français. Ils répètent tout et s'amusent avec les mots. 

Soudain Oleg est assis devant nous, un peu songeur. Il nous demande quand est-ce qu'il reviendra par ici. Que répondre ?... Nous lui disons qu'il ne reviendra probablement jamais. Il semble un peu étonné, mais sans plus. Il se reprend en disant qu'il reviendra durant les étés pour venir jouer avec ses amis. On n'insiste pas, il aura bien le temps de réaliser ce qu'il souhaitera faire. Nous les ramenons pour une dernière fois à leur bâtiment. Ça sent la fin ! On s'embrasse, on se cajole et on se regarde dans les yeux avec tellement d'amour. Ils nous disent au revoir et à demain pour une dernière fois. Nous repartons à l'auto avec le coeur gros et les yeux boursoufflés. Qu'est-ce que ça sera demain ??? Nous sommes fiers d'avoir réalisé cette fête et d'avoir amené un peu de bonheur pour ces petits mômes qui vont se réveiller mercredi matin, sans leur Oleg, sans leur Macha et sans leur Liza. Qu'en penseront-ils ? Je ne préfère même pas y penser, ça fait trop mal. Nous pensons pour le moment à boucler nos bagages, à tourner cette grande page qu'est notre histoire d'adoption et à anticiper le retour à la maison. Je n'aurais jamais cru avoir à vivre autant d'émotions en si peu de temps et si intensément. C'est l'histoire d'une vie, très sûrement !