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Ce blogue a été mis sur place avec notre propre initiative. Merci de ne pas partager ou diffuser les photos et vidéos qui s'y retrouvent, par respect pour les enfants et toutes les personnes impliquées dans ce processus.  

Le but de ce blogue est de vous tenir informés des différentes étapes, de nos expériences et des plus récentes nouvelles au sujet de notre projet d'adoption. 

Nous sommes très fiers de vous partager tous ces moments qui sont riches en émotions, en rebondissements, en larmes et en rêves... Vous pouvez également commenter toutes nos publications afin de rendre ce blogue encore plus interactif et passionnant.

Bonne lecture, en espérant que vous apprécierez...

La gestion du passé...

Gestion des émotions et des réactions

Quoi de plus déstabilisant que de vivre avec un enfant (et qui plus est, avec trois enfants) qui ont un passé différent du vôtre. Nous réalisons que nos enfants ont un passé qui leur est propre et que chacun d'entre eux ont des souvenirs bien différents de leur vie en Ukraine. Leur vécu en orphelinat les a formaté d'une certaine façon et leur personnalité s'est forgée au travers de personnes qui nous sont inconnues. De ce fait, il se peut que des blagues tournent au vinaigre car ça leur rappelle des émotions ou des expériences désagréables. Il se peut aussi qu'un simple sujet de conversation génère un niveau d'anxiété inégalé. Bref, nous comprenons aujourd'hui pourquoi un parent adoptant est un parent hyper-vigilant. 

L'autre élément qui vient compliquer la dynamique familiale, c'est que nos enfants ont tous les trois vécus des choses différentes en Ukraine. Nous avons Oleg qui était le petit préféré de sa nounou, Lisa qui était l'épileptique qu'on isolait et Macha qui était la nunuche du groupe à cause de ses difficultés langagières. Ça donne des discussions très corsées lorsqu'on leur pose des questions sur leur vie en orphelinat. Oleg se souvient de ses nombreux séjours chez sa nounou avec des sorties exclusives et agréables. Lisa et Macha se souviennent des nounous sévères et des claques. Idem pour la nourriture.

De plus, l'âge social affectif de nos enfants vient complètement changer la donne. Pour certains aspects, nos enfants ont un âge d'environ 3-5 ans (ex : le type de jeux qu'ils jouent, les émissions de TV qui les intéressent...), et d'autres fois ils ont des comportements typiques de leur âge. Ça complique énormément la gestion des conflits car souvent les chicanes entre frère et soeurs sont générées par des bêtises ou des détails qu'on ne retrouve plus à leur âge. De ce fait, on doit leur apprendre à négocier, gérer un conflit, se respecter, se parler calmement, être responsable et j'en passe. 

Depuis leur arrivée au pays, tous ces éléments sont de mieux en mieux compris et maitrisés. Cependant, on ne doit jamais baisser notre vigilance, car ils ont beaucoup de vécu dans leur sac à dos. Notre rôle est donc de les aider à vider leur sac, à s'exprimer, à se confier (s'ils le souhaitent) et à les accompagner dans leur cheminement. Nous imaginons que c'est très difficile à vivre.

Pour vous donner une idée, un jour j'étais en train de jouer avec les enfants dehors. Nous attendions le retour de maman. Une amie de maman s'arrête nous saluer. Oleg a décidé d'aller changer ses vêtements. Il ouvre l'une des fenêtres de la salle de bain, car il cherche ses vieux vêtements pour s'amuser dehors. Il était torse nu. Je lui explique que je n'avais aucune idée où ces vêtements se trouvaient. Je termine à la blague en disant aux filles : "Eh! Regardez le go-go boy qui nous fait une petite danse à la fenêtre!". Il referme brusquement la fenêtre, mais j'étais persuadé qu'il était fâché que je ne savais pas où étaient ses vêtements. Il décida d'aller se doucher, puis est redescendu avec le grand sourire. J'avais donc oublié la scène. Le soir durant le souper, j'ai voulu en glisser un mot à maman. Je m'exclame devant les filles "Eh les filles, est-ce qu'on dit à maman ce qu'on vu aujourd'hui?". Oleg me regarde avec l'oeil noir. Je termine par "Et oui, nous avons vu un danseur à une fenêtre". Ça s'est terminé tout bonnement sur ce point. Oleg se met à jeter par terre son assiette et décide de monter en pleurant et dans un état enragé dans sa chambre. Il était hors de contrôle. Mélissa est allé lui parler. Pendant ce temps j'ai demandé aux filles si j'avais manqué un épisode. Les filles me confirment que je n'avais rien dit de bien méchant. 

Au bout de 10 minutes, j'ai décidé d'aller à sa rencontre. Je rentre calmement dans sa chambre. Il était encore en larme, le visage rouge et les yeux qui me mitraillaient. Il m'a dit que je n'avais pas le droit de me moquer de lui. J'était tellement époustouflé que j'en ai perdu mes mots. Plus je lui parlais, plus il s'enrageait. J'ai donc décidé de répondre par une simple question : "Est-ce que quelqu'un s'est déjà moqué de toi?". Et le chat est sorti du sac : "OUIIII!!!". J'ai immédiatement réalisé la bourde que je venais de commettre, mais sans le savoir. Je me suis excusé de tout cela et je l'ai serré fort dans mes bras. Il a aussi compris quand je lui ai rappelé que je ne connaissais pas son passé et qu'il se peut que cela arrive à nouveau. Nous lui avons appris à venir nous expliquer de telles choses et de ne pas s'emporter. 

En conclusion, nous ne devons jamais assumer qu'on connait nos enfants et qu'on comprend ce qu'ils perçoivent. Il faut fréquemment double-vérifier et confirmer que tout est OK. Mais encore une fois, tout cela devient de plus en plus naturel entre nos enfants et nous, puisque la confiance s'installe de plus en plus.

Préparatifs pour les fêtes de fin d'année

Dans quelques jours, nous célèbrerons le premier Noël et le premier Jour de l'An avec nos enfants. Ces moments seront précédés par l'anniversaire des jumeaux (Oleg et Macha). C'est donc une période qui s'annonce riche en émotions et par le fait même, nous devons préparer tout le monde à vivre tout cela dans le bonheur et en harmonie.

L'autre élément qui s'ajoute à ces évènements est que mes parents (qui vivent en France) viendront nous visiter pendant 4 semaines. C'était très important pour moi de les inviter car depuis que nous sommes revenus, ils n'ont pas eu la chance de voir nos trésors, de les serrer dans nos bras et de passer de beaux moments avec eux. Sauf qu'il faudra gérer deux personnes de plus et préparer les enfants à leur présence. Ce qui est très drôle est que les enfants leur parlent depuis plusieurs semaines et que la relation semble déjà bien installée. Une des meilleures préparations a été de prévenir mes parents sur les particularités de nos enfants. Je les ai avertis des choses qui fonctionnent avec eux, des sujets qui sont sensibles etc... J'ai la chance d'avoir des parents très ouverts, sensibles et intelligents. Ça n'a pas pris très longtemps pour les préparer.

Le 11 décembre, je vais chercher mes parents à l'aéroport pendant que les enfants sont à l'école. Mélissa s'affaire à finaliser quelques éléments à la maison. Il est 18h et nous arrivons à la maison. Tout le monde est fébrile. Chose étonnante, les enfants et mes parents se disent bonjour avec un grand sourire et se font des câlins naturellement. On sent la chimie qui passe tout de suite. À peine avoir posé leurs valises, mes parents se sont fait kidnapper par nos enfants qui leur avaient préparé des surprises (coloriages, bricolages et autres petits mots). C'était tellement mignon à voir! Même si le décalage horaire se lisait dans leurs yeux, mes parents ont dégusté toutes ces minutes sans se plaindre. Tout le monde s'en va se coucher le coeur au chaud... Mes parents se disent tellement surpris de la belle attitude, du sourire et de la proximité de nos enfants. C'est comme si nous étions tous ensemble depuis des lustres.

La première chose à conseiller aux amis et membres de la famille c'est de toujours tout rediriger vers les parents adoptants. Ça parait bien bête, mais le premier objectif des enfants sera de se faire aimer. Ils seront à fond dans un mode de séduction. En effet nos enfants n'arrêtaient pas de leur dire "je t'aime", de se coller à eux, de se mettre sur leurs genoux, de leur sourire, etc... Pour ceux qui ne sont pas au courant des stratèges de séduction des enfants adoptés, on aurait cru toutes leurs paroles en se disant "c'est extraordinaire !". Mais non, il ne faut pas prendre tout cela pour du "cash". De ce fait, la vie avec mes parents a été amplement facilité. L'autre élément est de demander à mes parents de ne pas les servir pour ce qui est des repas ou autres besoins essentiels. Il faut que nous soyons les seuls à répondre à ces besoins. Ça fait parti du travail qui permet de solidifier l'attachement avec nos enfants. 

Par contre les grands-parents demeurent des grands-parents. Ce sont eux qui leur parlent de bien des sujets, qui leur donnent des petits extras (bonbons, surprises, etc...). Il faut de notre côté donner la place qui leur revient. Bref, après quelques jours de vie commune à 7 personnes sous notre toit, tout se déroule très bien. Nous sommes maintenant prêts à préparer l'anniversaire des enfants ainsi que les fêtes...

Premier Halloween!

Théoriquement les premières fêtes des enfants adoptés au pays sont des moments très attendus, mais aussi très délicats à vivre. Premièrement on parle d'une fête qui était complètement inconnue pour nos enfants. Ils en avaient entendu parler par la télévision, par nous, par des amis qui ont été adoptés aux États-Unis, mais sans plus. Il y avait donc un grand mystère autour de cette fête. Ils savaient qu'on se déguisait, qu'on se maquillait et qu'on mangeait des bonbons. Tout cela était donc dans leur imaginaire. 

Lisa a choisi de se déguiser en sorcière, Macha en princesse et Oleg en Dracula. C'était un choix classique, certes, mais ils en étaient fiers car ce sont eux qui l'avait choisi. 

Plus le jour J approchait, plus les enfants étaient excités. On a pris le temps d'aller choisir nos costumes, de les essayer, d'ajouter des accessoires, du maquillage, etc... Puisque nous vivons dans un quartier avec peu de familles recevant pour l'Halloween, nous avons décidé de passer l'Halloween dans un autre quartier que le nôtre. 

Le matin du 31 octobre, les enfants se lèvent tout excités, leurs costumes étaient prêts, suspendus sur un support devant leur garde-robe. C'était mignon comme tout. On aide les enfants à se préparer et nous donnons les quelques coûts d'éponges pour maquiller leur petite bouille. Ça sentait l'euphorie à plein nez. Sauf que notre chère petite Lisa a décidé à la toute dernière minute de retirer sa perruque, son faux nez, son chapeau, son balai, etc... On n'a absolument pas compris son choix et ce revirement soudain. Sauf que plus on la questionnait, plus elle se renfermait et devenait hors d'elle... À rien n'y comprendre! Bienvenue dans le monde des enfants adoptés!

Nous descendons nous préparer, nous essayons de détendre l'atmosphère, mais rien n'y fait. Lisa est bloquée pour une raison que nous ignorons. Elle devient même très désagréable avec sa maman et tente de mettre du maquillage sur les murs. Vite, restons calmes et zens... Les jumeaux se préparent avec hâte pour aller à l'école et nous constatons rapidement que notre petite cocotte sera en retard et qu'elle nous donnera du fil à retordre pour se diriger à l'école. Et en effet, elle est restée dans l'entrée, en larmes et aussi en furie. Nous tentons de communiquer avec elle, mais elle est figée. Nous la prenons donc par les mains et nous dirigeons au secrétariat. Je l'amène par la suite dans sa classe où Mme Julie l'attendait impatiemment. Son enseignante avait même fait une superbe activité avec collation spéciale, mais Lisa a décidé de bouder. Nous la laissons en classe et rentrons, exténués, à la maison. 

C'est donc un quotidien classique des parents adoptants : vivre des moments de crises qui sont d'origine peu connue et qui arrive à des moments que vous vous attendez le moins. Le midi, Lisa est revenue tranquille à la maison et nous a expliqué qu'elle n'aimait pas le maquillage vert qu'on lui avait mis. Elle souhaitait plutôt être une sorcière chic. Donc, un petit détail qui habituellement se règle en deux minutes s'est transformé en grosse crise puisqu'elle n'a pas su comment nous le communiquer. Maman s'est empressée de la monter dans la salle de bain pour la maquiller avec la trousse de Maman. Lisa est soudainement devenue la plus belle princesse au plus joli sourire. Que demander de plus? Et bien ... une autre crise... oui, oui!! J'ai nommé notre beau Oleg... Il est monté dans la salle de bain pour faire une retouche de maquillage sans nous le dire et s'est choqué après lui-même car il n'arrivait pas à obtenir le résultat escompté. Il nous a appelé, mais c'était trop tard : la machine à bouder est partie. Tant qu'à ne pas aimer son maquillage, il a essayé de beurrer son costume au complet, s'est mis à se rouler à terre, à étaler du maquillage, etc... C'était encore un moment fort désagréable car on avait de la misère à comprendre sa réaction. 

Nous essayons de le rassurer, de le complimenter sur son choix de costume, mais ce fut difficile. Il est reparti à l'école avec la mine basse. Non mais quelle folle journée! Nous qui avions prévu de belles activités, de belles photos, de beaux moments, et bien... nous nous ramassons avec deux crises, avec un épuisement pour avoir tenté de ramasser les pleurs et attendez, la soirée n'était pas entamée! Bref, les enfants rentrent de l'école, excités et les yeux (enfin) remplis de joie. 

Le soir, nous en avons profité pour inviter les grands-parents à manger puis à aller faire un tour dans un quartier voisin afin de récolter quelques bonbons. C'était une course folle et leurs yeux n'étaient pas assez grands pour observer toutes les décorations et animations! Nous sommes rentrés vers 20h30 et nous étions tous brûlés, mais pas pour les mêmes raisons. Les enfants sont ensuite allés se coucher sans heurt. Tout cela nous confirme que nous devons encore mieux préparer (mentalement) les enfants au déroulement d'une journée comme celle-là. Ça nous confirme aussi que le mot "routine" est un mot HYPER important pour eux. Une journée comme celle que nous venons de passer est clairement une journée où trop de choses sont nouvelles, trop de choses sortent de l'ordinaire et trop d'inconnu menaçait leur stabilité. Les enfants ne semblaient pas savoir comment gérer autant d'émotions en si peu de temps. Le bonheur n'est pas une chose facile à vivre quand vous avez passé 7 ans en orphelinat... À nous de le comprendre... Nous en tirons donc une bonne leçon pour Noël qui s'en vient...

Le quotidien des enfants adoptés

Voici maintenant presque deux mois que nos enfants fréquentent l'école primaire. Beaucoup de choses se sont améliorées, quelques éléments sont encore à travailler et de rares crises surviennent encore. La fréquence et l'intensité de ces crises s'amenuisent, mais nous gardons en tête que cela fait à peine 5 mois que nos enfants ont débarqué au Canada... Nous leur disons régulièrement que ce sont des champions, des survivants et des êtres incroyables. 

Vendredi dernier, nous avons assisté à une conférence avec quelques amis ayant aussi adopté en Ukraine en même temps que nous (Randy et Maude) donnée par Johanne Lemieux, psychothérapeute et travailleuse sociale spécialisée en adoption internationale depuis de très nombreuses années. Lorsque nous sommes sortis de cette réunion, nous avons soudainement compris plusieurs comportements de nos enfants. Voici les grandes lignes qui sont absolument à retenir pour quiconque connait des enfants adoptés :

  • La vie est injuste : il faut rappeler aux enfants que la vie est composée de nombreuses injustices (pourquoi tu étais seul pendant tant d'année, pourquoi la maladie, pourquoi la pauvreté, etc...), mais que malgré tout cela il a décidé de survivre et de se battre pour en arriver là où il est aujourd'hui. C'est à célébrer le plus souvent possible.
  • Puisque nous avons adopté une fratrie, nous avons adopté des enfants à besoins spéciaux : la dynamique, les liens, les jeux de coulisse, etc... sont des éléments qui augmentent la complexité d'élever et d'accueillir des fratries adoptées.
  • L'enfant adopté ne veut pas être vu comme une victime. Il ne veut pas être pris en pitié.
  • La grande phrase fut : "l'adoption ne guérit pas, elle arrête les dégâts" ce qui en dit long sur le passé et le bagage de ces enfants. L'enfant a donc développé des mécanismes de protection durant toute son enfance.
  • Nous avons tendance comme parents adoptants de ramener nos enfants adoptés dans la normalité des autres enfants. Or, nos enfants ne sont pas des enfants normaux de par leur passé. Ils ne pourront jamais être identiques aux enfants biologiques. Il faut l'accepter et le reconnaitre. Ils peuvent avoir l'apparence, mais quand on gratte au fond d'eux, ils ont de nombreuses blessures qui seront plus ou moins cicatrisées au courant de leur vie.
  • L'enfant adopté requiert un entretien sophistiqué : il faut être hypervigilent, présent et sécurisant tout au long de sa vie. Si vous pensez qu'avoir 3 enfants biologiques requiert de la patience, de l'attention, etc... et bien multipliez tout cela par 2 ou 3 et vous comprendrez le niveau d'entretien requis pour les enfants adoptés.
  • La peur du rejet et la peur de décevoir sont omniprésents : ce sont des enfants qui ont développé des mécanismes pour éviter le rejet ou la déception (ex : rester de marbre, ne pas avoir d'amis, faire des tonnes de dessins ou de surprises pour montrer son amour, faire des crises pour tester le lien de confiance...).
  • Ne jamais garantir à l'enfant qu'il sera toujours heureux avec nous, mais plutôt que nous serons responsables de sa sécurité. Si l'enfant vit une tristesse alors que vous lui avez promis le bonheur, il vous en voudra et son lien de confiance sera affecté.
  • Le lien d'attachement de sécurité est long à développer. L'enfant n'a pas à trouver une solution à tout, c'est papa et maman qui doivent en trouver à sa place. 
  • On ne sait pas ce qu'on ne sait pas... Par contre quand on sait mieux, on fait mieux.
  • Tous les enfants ont deux types d'émotions : les émotions de protection de la vie (tristesse, peur, angoisse, colère...) et les émotions d'amélioration de la vie (joie, amour, amitié, compassion...). Les enfants adoptés ont développé à outrance les émotions de protection de la vie et ont les émotions positives peu développées voire à l'agonie. C'est le travail d'une vie d'essayer de ré-équilibrer leurs émotions.
  • Les enfants ont une immaturité qui les différencie des enfants biologiques. Ils ont un âge socio-affectif de 1 à 3 ans plus jeune que leur âge biologique. Cela créera un frein à leur réseau d'amis, surtout lorsqu'ils arriveront à l'âge de 15-16 ans...
  • 25% des enfants adoptés ont des problèmes d'apprentissage. Ces problèmes peuvent être mineurs et corrigibles dans certains cas. 
  • OMNI (objet manquant non-identifié) : les enfants adoptés ont un "je-ne-sais-quoi" qui leur manque et leur manquera toujours. Ils essaient de combler ce vide en collectionnant des produits, en achetant sous pulsion, en vivant des émotions extrêmes, pensant que ça comblera ce vide... mais en vain... Il faut les accompagner en disant que nous ne pourront combler ce vide et que nous ferons le nécessaire pour qu'il soit en sécurité.
  • Comme parents, nous avons une obligation de moyens (faire tout ce qu'il faut pour accompagner nos enfants), mais pas d'obligation de résultats (nous ne sommes pas responsables de leur passé et des impacts sur son futur).
  • Les mamans sont toujours laissées pour compte avec les enfants adoptés durant les premières semaines, alors que les pères vivent exactement l'inverse. Les mamans ont habituellement un attachement de symbiose avec leur enfant dès les premiers jours... Or les enfants adoptés ont vécu ce lien qui a été par la suite brisé. Les pères développent habituellement un attachement d'exploration et les enfants adoptés recherchent surtout ce lien qui est nouveau et beaucoup plus excitant.

Ces éléments nous ont donc permis de mieux comprendre nos enfants et depuis, nous avons eu de belles discussions profondes avec eux. Mieux les comprendre nous permet de mieux réagir, mieux anticiper et contrôler certaines situations. 

Au niveau scolaire, les enfants se sont très bien intégrés. Macha a de nombreuses amies et elle arrive désormais à lire en français. Rappelons qu'elle était analphabète dans sa langue maternelle ! C'est divin et elle a eu les larmes aux yeux lorsque sa maman lui a fait lire ses premières phrases. Lisa a des tonnes d'amies et adore son enseignante. Elle commence à peine à s'extérioriser et à participer en classe. Elle commence à bien lire en français. Quant à Oleg, il n'a qu'un seul ami (officiel), mais il fait énormément de progrès. Il lit de façon quasi fluide, il adore la géométrie et il participe activement en classe. Même son enseignante est surprise par ses nombreux progrès. Le vendredi, il rentre à la maison et nous exige de faire ses devoirs et leçons pour être tranquille en fin de semaine. 

Durant la semaine, nous faisons l'apprentissage du français pendant environ 30 minutes par jour et par enfant, et nous avons une routine quotidienne qui sécurise beaucoup les enfants. En fin de semaine, on cuisine, on invite des amis et on a beaucoup de plaisirs. Bref, c'est une joie que nous vivons d'avoir ces enfants dans nos vies, même si certains moments peuvent sembler très difficiles à traverser. Leur amour guérit toutes les frustrations et les angoisses... ainsi que beaucoup d'humour et de rires... 

Après une semaine d'école...

Nous sommes samedi... Le temps est pluvieux et la journée s'annonce très maussade. Voici un beau moment pour faire le tour de la première semaine d'école pour Macha, Oleg et Lisa. 

L'école pour les enfants adoptés est toujours une source de questionnement pour les parents, une source d'inquiétude pour les enseignants (qui ont peu l'habitude de gérer l'éducation et l'immersion de ces enfants) et bien sûr, une énorme source de stress pour nos enfants.

Deux choix nous avaient été proposés : faire une entrée graduelle (demi-journées) ou faire une entrée régulière (à temps plein). Nous rappelons également que notre commission scolaire ne dispose pas de classes d'accueil et que les budgets en soutien linguistique ont été sévèrement coupés. Cela était une source d'inquiétude de plus pour nous.

Je ne vous cacherais pas que nos enfants ont vécu une semaine très angoissante, remplie de défis, d'ajustements, d'écoute et d'observations. Tous les jours, ils se levaient à 7h15 pour se préparer, manger, se brosser les dents et aller à l'école vers 7h55 pour un début des classes à 8h05. Quel bonheur de vivre à deux pas de leur école. Bien entendu, Mélissa et moi préparons les collations la veille, nous vérifions les agendas de communication et tous les devoirs chaque soir, avec un enfant à la fois. Je dois dire que Mélissa fait un travail exceptionnel dans l'organisation des collations et des devoirs. On sent l'enseignante de maternelle rejaillir malgré le fait qu'elle soit en congé d'adoption. 

La question : comment le stress ressort chez nos enfants ? En fait nous avons autant d'enfants que de réactions à cette entrée à l'école. Lisa était au début de la semaine en opposition constante à tout. Un matin, elle est même partie à l'école en pyjama car elle refusait de s'habiller, de se laver, de manger et de tout simplement nous écouter. La directrice et le technicien en éducation spécialisée s'en sont chargés. C'était du sport à gérer car cela affectait la dynamique familiale considérablement. Macha quant à elle, on voit qu'elle tombait fatiguée rapidement, mais jamais elle n'a fait de crises ou a eu un mauvais comportement. Enfin Oleg, lui, avait des terreurs nocturnes : il rêvait les yeux ouverts, bougeait beaucoup, parlait (en français s'il vous plait !!) et agitait ses mains. Oleg vit tout en dedans et nous rapporte toujours qu'il adore l'école. Ça, c'est ce qu'il souhaite qu'on entende (il veut nous faire plaisir). Mais au fond de lui, il angoisse. 

Tous les jours nous allons les chercher vers 11h30 pour dîner à la maison. C'est un moment idéal pour eux afin de décompresser et pour se changer les idées : ils prennent 20-30 minutes pour jouer (seuls ou entre eux) puis nous mangeons tranquillement. Ils retournent à l'école pour 13h. Le midi, il n'est pas rare de voir une des enseignantes venir nous dire bonjour et nous donner un mini compte-rendu de la situation. En fin de journée, nous allons les chercher pour 15h15. Là aussi nous discutons avec une ou plusieurs enseignantes voire avec la directrice adjointe.

Hier, nous étions très fiers de nos enfants. Toutes les enseignantes nous ont confirmé que nos enfants font de gros progrès, sont très attentifs en classe et commencent même à participer oralement. Certes, ils n'ont pas encore d'amis et jouent souvent seuls (on peut les comprendre !), mais ils refusent à ce que les enseignantes leur donnent des devoirs différents du reste de la classe. Ils insistent pour dire qu'ils veulent faire les mêmes choses que leurs camarades. Cela nous confirme notre choix de les avoir intégrés à temps plein. Ils se seraient sentis ostracisés rapidement.Les enfants ont fait de l'écriture (avec une qualité calligraphique hallucinante), ont fait des maths (là par contre, nous avons du rattrapage à faire) et de la compréhension de lecture (vous comprendrez qu'on part de loin !!).

Pour la francisation, je dois vous dire que Mélissa et moi levons nos chapeaux à l'école. Nos enfants ont deux périodes de 45 minutes chacun, par semaine, avec leur enseignante et en privé. Pendant ce temps, les autres amis de la classe sont en cours d'anglais. 1h30 par semaine et par élève c'était inespéré. Lundi, nous avons rendez-vous avec la direction et leurs enseignantes afin de mettre en place un plan pour procéder à leur francisation dans les meilleures conditions. C'est génial d'avoir une équipe école qui prenne tant à coeur l'intégration et l'immersion de nos enfants. Il est important de souligner que les enfants et nous avons fait beaucoup d'efforts depuis 1-2 mois afin d'aider les enfants en français et en maths. Les enseignantes et la direction ont bien senti notre implication, ce qui est pour nous une des raisons de les voir également motivés à nous supporter. Actuellement, nous avons un rôle de soutien scolaire et de motivation. C'est pour cela que nous avons fait une croix sur l'école à la maison. Nous sommes persuadés que nous sommes la figure parentale par excellence (amour, sécurité, modèle, discipline...) et que l'école a vraiment son rôle pédagogique. Cela permet aussi à nos enfants de vivre dans un vrai contexte social avec des personnes et enfants différents, un règlement différent et une dynamique plus complexe.

Aujourd'hui, malgré le fait qu'ils étaient tous les trois vidés hier soir, ils se sont réveillés entre 6h45 et 7h30... Nous allons passer 1h par enfant à faire leurs devoirs ainsi que du rattrapage. Nos enfants sont très bien au courant qu'ils ont des choses à travailler afin d'y arriver. En guise de récompense, nous irons visiter des fermes demain dans le cadre des journées portes ouvertes de l'UPA où nous pourrons découvrir des fermes bovines, des cultures de céréales et bien plus. Ils sont très excités par cette activité récompense. 

Petites phrases et anecdotes trop mignonnes que nous vous partageons :

  • Nous : "Merci Oleg !"... Sa réponse : "Ça fait plaisir !"
  • Oleg afin de nous dire qu'il est né en 2003, nous dit "Maman, Papa, je me suis réveillé en 2003"
  • Macha a quasi appris toutes ses lettres (et leurs sons), chose qu'elle n'avait pas assimilé même dans sa langue natale !
  • Nos enfants adorent la BD et le dessin animé "Titeuf" ainsi que la "Panthère Rose"... Le film qu'ils ont adoré : "Astérix et Obélix au service de sa Majesté"... comme quoi ils s'intéressent beaucoup à la culture du pays de leur Papa...

Notre première rentrée scolaire

Et voilà... Le coup d'envoi de la première rentrée scolaire de la petite famille Tessier est donné. Nous sommes le 2 septembre. Que de chemin parcouru depuis le 24 avril, date de la première rencontre avec notre marmaille. Tant de choses ont été accomplies. Je parle bien sûr à leur niveau. C'est incroyable, quand on y pense bien, de voir à quel point ces enfants se sont adaptés à leur nouvelle vie. Depuis le tout début, nous leur parlons régulièrement de l'école, du milieu de vie, des apprentissages, des conditions, des activités, etc... Nous les avons beaucoup préparé et stimulé car ils sont très intelligents, mais ils sont comme tous les enfants : ils prennent le chemin le plus court vers la facilité. 

Oleg est probablement l'enfant qui a évolué de façon très significative à tous les niveaux. Il socialise beaucoup plus avec les enfants de la famille (pas encore envers de simples inconnus), il a un langage très développé en français, il s'extériorise beaucoup, il est très affectueux et souhaite s'impliquer dans tout.

Macha a subi une cure de transformation suite à la visite de nos amis Yanick et Valérie qui ont aussi trois enfants adoptés en Ukraine et qui sont au pays depuis décembre dernier. Macha a été stupéfaite par leur fille, Anna. C'était comme une révélation. Depuis, elle s'ouvre plus, elle se force à utiliser des mots en français, même si elle bûche beaucoup. Elle est fonceuse et montre beaucoup de détermination. Cependant, en lecture, c'était très complexe de lui apprendre les lettres et les sons. Ça ne passait pas. Nous avons eu l'audace d'utiliser la méthode de lecture "Planète des Alphas" que nous distribuons. Habituellement, c'est réservé aux enfants de 4-7 ans. Cependant Macha a tout de suite cliqué sur l'histoire et les personnages. Son évolution est fantastique et elle a développé le goût de lire. C'est incroyable !

Lisa est encore très réfractaire à beaucoup de choses. Elle aime être en contrôle et dominer toutes les situations. Ça créé des petites crises à gauche et à droite, mais ses crises sont de plus en plus courtes. Nous pensons qu'elle souhaite vraiment nous tester et connaitre nos limites. Elle a de bonnes compétences pour apprendre, mais uniquement quand elle le souhaite. C'est un bout-en-train, mais elle peut aussi vous mettre à bout de nerfs en un rien de temps. Bref, elle a beaucoup de potentiel, mais sa tête est encore trop souvent en Ukraine. Son deuil est en train de se faire. La seule chose que nous pouvons faire est de l'accompagner, la sécuriser, mais sans plier. Pas facile et très épuisant !

Avant la rentrée, nous avons eu la chance de voir le médecin et le dentiste pour nous confirmer qu'ils vont bien. Même le dentiste est surpris par la qualité de leur dentition. Bien sûrs, ils ont quelques caries, mais rien de bien méchant. Les enfants faisaient même une compétition à savoir qui aurait plus de caries que l'autre... Très drôle et mignon. Nous avons aussi acheté tous les effets scolaires, les vêtements et chaussures. Tout y est. Nous sommes prêts.

Ce matin, réveil des corps à 6h45. La veille nous les avions couché à 20h30, mais ils ont pris du temps à s'endormir. Les mines étaient longues et le silence dominait le déjeuner. Lisa a décidé de ne pas porter les sandales qu'on lui avait donné. Ça partait très joyeusement. Après plusieurs minutes à négocier, elle a refusé de manger, de boire, etc... 7h50, il faut partir. Grand-maman Claire est arrivée pour nous aider. On se dirige vers la cour d'école. Que c'est agréable de vivre à 2 minutes sur le trottoir d'en face ! C'est aussi très drôle de rencontrer beaucoup de personnes que nous connaissons. Ça rassure également. Lisa est avec une fille d'une amie d'enfance de Mélissa... Macha est avec la fille de notre traiteur préféré de Mont-Saint-Hilaire. C'est une belle coïncidence. 

Nous les laissons aller. Le coeur gros et les yeux mouillés. Qui aurait cru que nous serions si émus de les voir partir. Leurs mains étaient mouillés, leur regard trainait à terre et ils se collaient à nous. Dur dur dur... Nous repartons à la maison très chamboulés. Comme tous les parents, nous nous remettons en question et parlons de tout cela. On compatit et on est très ébranlés. 11h30 arrive, nous retournons à l'école pour aller les récupérer. Gros sourire, plein d'étoiles dans les yeux et surtout très excités. Ils nous expriment qu'ils sont très heureux de leur enseignante, des amis de leur groupe et de l'école. L'enseignante de Lisa a été très surprise de sa capacité d'adaptation. Elle suivait les autres amis, elle était souriante. Bref, une belle surprise en contraste avec son attitude du matin !

Tellement heureux qu'après le dîner, Oleg a remis ses chaussures en s'exclamant qu'il souhaitait y retourner au plus vite. C'était hilarant de le voir aller. En fin de journée, l'enseignante d'Oleg vient à notre rencontre. Très étonnée aussi par son niveau de français, le fait qu'il se soit fait des amis, qu'il prenne la parole devant le groupe, etc... Certes, on est dans la première journée et c'est un début. Mais encore une fois, c'est surprenant. Pour Macha, nous n'avons pas vu l'enseignante, mais la directrice adjointe nous confirme qu'elle s'est ouverte, qu'elle s'est faite des amies et que son sourire était contagieux.

En soirée, nous avons bien discuté avec eux. Ils ont expliqué tout ce qu'ils ont fait, nous ont parlé des amis de leur groupe, de leur enseignante. Tous affichaient un beau sourire. Nous sommes allés les coucher à 20h car ils étaient crevés. Nous sommes ce soir des parents très fiers de leur choix. Nous sommes choyés d'avoir une école si ouverte et disponible. Nous sommes aussi très choyés d'avoir des enfants qui ont pris leur mal en patience et qui se sont ouverts à ce nouveau monde. Chapeau les enfants, nous sommes très fiers de vous trois !

Dans 2 semaines, les enfants décollent pour l'école

Dans exactement deux semaines, les enfants feront leur entrée à l'école de notre quartier, l'école Au-Fil-de-l'Eau. Ce sera sans aucun doute une journée importante pour nous, mais ce sera surtout un saut dans l'inconnu pour nos enfants. Nous avons eu la chance de rencontrer la directrice de l'école ainsi que la directrice adjointe afin de bien présenter nos enfants, de mentionner leurs forces et leurs faiblesses, leur niveau actuel et de remettre en perspective ce qu'ils ont vécu. Nous sommes restés deux heures et nous sommes ressortis très heureux de cette discussion. La directrice adjointe a une expérience en classes d'immersion puisqu'elle a travaillé quelques années dans des écoles francophones de l'ouest canadien. Elle saisit très bien les défis qu'attendent nos enfants, en plus de leur particularité d'être adoptés. Voici les grandes lignes qui sont ressorties de ces échanges :

  • Nos enfants ont 3 ans afin d'avoir un niveau académique équivalent aux enfants de leur âge. La première année est surtout dédiée à la langue, la seconde est surtout dédiée aux acquis académiques. Il n'est pas exclu que nos enfants puissent passer une année si jamais leur niveau dépasse toutes nos attentes.
  • Les enfants seront dans des classes séparées. Lisa sera même dans un bâtiment séparé des jumeaux. Les enfants se côtoieront le matin, le midi et le soir uniquement. Les récréations sont également différentes. Le but est de nous assurer que les enfants développent leur réseau d'amis et améliorent leur niveau de français. 
  • Les jumeaux (Macha et Oleg) entreront en 4e année (équivalent CM1 en France). Lisa fera son entrée en 3e année (CE2 en France). Ils ne pouvaient être mis dans un niveau inférieur à cause de leur âge, de leur maturité et surtout pour ne pas qu'ils se sentent inférieurs par rapport à des enfants de 9-10 ans qui entrent en 5e-6e année (CM2-6e en France).
  • Les enseignantes ont été soigneusement sélectionnées par la direction en fonction de leurs qualités humaines. Elles assureront les cours de francisation après leurs heures de travail, ce qui permettra également à l'enseignante de passer du temps en privé avec nos enfants pour mieux les connaitre. On parle d'environ 5h par semaine et par enfant.
  • Les profs d'éducation physique sont réputés pour être innovateurs et pour impliquer les élèves selon leurs compétences. Lisa, qui n'a jamais fréquenté un cours de sport en Ukraine à cause de son épilepsie, pourra probablement bénéficier d'un projet pilote avec un iPad. Elle pourra visionner une activité sportive qu'elle aura faite, puis elle pourra se voir pour corriger des gestes qu'elle devra améliorer. 
  • Les enseignantes sont très novatrices et il semble que les activités en classe sont toujours très stimulantes et originales. 
  • Nos enfants vont rencontrer l'équipe école sous peu (leur enseignante, les techniciens en éducation spécialisée, la direction, les profs de sport...), car nous aurons une visite privée dans leur classe. Cela permettra aux enfants de se préparer et de visualiser dans quel contexte ils seront à compter du 2 septembre.
  • Les enfants entreront à l'école à temps plein. C'était une question pour nous à savoir si nous les faisions entrer à temps plein, partiel ou progressif. Selon l'avis de plusieurs personnes, l'entrée à temps plein leur garantira une meilleure intégration/socialisation avec les amis de leur classe. Lors des projets, nos enfants seront ainsi toujours impliqués plutôt que de suivre ces projets à mi-temps, ce qui pourrait créer une frustration et un certain isolement à la longue. 

Bref, nous sommes plus qu'heureux pour nos enfants. Nous nous sentons bien entourés, compris et en sécurité. La seule inconnue : la réaction de nos enfants après avoir passé 5-6h dans un contexte uniquement francophone. Après plusieurs semaines passées à travailler avec nos enfants pour leur donner des bases en français et en maths, nous sommes très confiants pour Oleg et Macha. Macha nous surprend même en maths où elle excelle. Oleg est le roi de la lecture et il trouve le français très facile. Pour Lisa, nous sommes encore en face d'une personne qui se bute à apprendre la langue. Donc tout le reste s'en suit et elle devra probablement s'armer de patience à l'école. Mais là encore, toutes les surprises sont permises.

Cependant, avant leur arrivée à l'école, nous estimons qu'il est important qu'ils puissent avoir du plaisir durant l'été, tout comme les enfants de leur âge. Ainsi, un ami de la mère de Mélissa, Jean Lavoie, nous a gentiment proposé d'aller faire un tour en avion, histoire de vivre un baptême de l'air en famille. Jeudi dernier, nous nous sommes donc donnés rendez-vous à l'aéroport de St-Jean-sur-Richelieu. Les enfants étaient encore endormis, mais heureux de vivre une expérience unique. Le premier vol a été réalisé avec Lisa, puis le second avec Macha, pour finir avec Oleg. Tous les enfants ont pu voir la préparation d'un avion avant l'envolée, ils ont pu piloter l'avion sous l'oeil de Jean pendant quelques minutes et nous avons survolé la zone du Mont-Saint-Grégoire qui était magnifique. Tous les enfants ont gardé un beau souvenir de ce moment. Une fois terminé, nous avons pris le soin de revêtir l'avion d'une toile protectrice et nous sommes allés au restaurant, histoire de les féliciter pour leur comportement et attitude. Ils étaient ravis. 

Mélissa et moi sommes très fiers des progrès que nos enfants font au quotidien, que ce soit au niveau de la langue, de leur implication dans les tâches à la maison, leur comportement face à des inconnus, etc... Oui il reste beaucoup d'étapes à franchir, mais le plus important est de les sentir en sécurité et proches de nous. À ce jour, nous sommes leurs piliers et leurs repères. Il en demeure pas moins que ces enfants sont arrivés au Canada depuis peu de temps et je mets au défi quiconque d'aller dans un pays complètement différent et de s'intégrer aussi bien en seulement 2 mois. 

L'intensité des enfants adoptés

Nous voici à environ 3 semaines de la rentrée scolaire. Cela fait maintenant près de 2 mois que nous sommes revenus au pays avec les plus beaux enfants du monde... Normal, ce sont les nôtres me direz-vous. En fait, je parle de la beauté intérieure et extérieure. Depuis le 24 avril, jour de notre première rencontre, nous avons appris à les connaitre, à découvrir leur personnalité, leurs intérêts, leurs rêves, leurs peurs, etc... Ces enfants sont une découverte au quotidien car avec l'arrivée du langage, nous en apprenons énormément sur leur passé, leurs émotions et leurs désirs. C'est passionnant de les voir évoluer et d'écouter ce qu'ils ont à nous dire. 

Depuis le début du mois d'août, nous avons vu une progression de l'apprentissage du français qui est fulgurante pour Oleg, qui commence à sérieusement émerger pour Lisa, mais qui reste encore très timide pour Macha. Tout cela est fort normal considérant la dynamique entre ces trois enfants. Oleg semble également l'enfant qui s'intègre le plus socialement : on le voit côtoyer des enfants de la famille plus facilement, il salue des adultes lorsqu'il se promène au parc, il commence à s'intéresser à de nombreuses choses qu'il ne connaissait pas en Ukraine. Tous les soirs, lors de la routine du dodo, il est impressionnant de voir à quel point il s'ouvre le coeur par des confidences qui peuvent être mignonnes, touchantes voire profondes. Il se rend compte également qu'il a beaucoup de plaisir à être avec nous lorsqu'il parle en français. Il lui arrive même de chercher ses mots en russe ou de carrément oublier certains mots. Un soir, il confie à sa Maman que le français fait une arrivée dans sa tête et qu'il lui arrive maintenant de dire "bye bye" au russe. Hier encore, il me confie qu'il ne souhaite plus revenir en Ukraine car c'est un pays qu'il lui fait peur. Pour les filles, on sent qu'elles ont encore clairement un attachement à leur pays et à leur langue. Cela est tout à fait normal à ce stade-ci.

En ce bel été, les activités n'ont pas manqué : piscine, cueillette de bleuets, festival Juste pour rire (Montréal), festival des montgolfières (St-Jean-sur-Richelieu), cinéma, concert en plein-air, jardinage, etc... Cependant, les activités doivent être courtes et/ou captivantes. Il n'est pas rare que si l'activité ne les passionne pas, qu'on entende "Est-ce qu'on rentre à la maison ?". Ah la maison... C'est sans aucun contredit leur point d'encrage, leur sécurité. Ils se sentent bien chez nous et pourraient y rester des jours sans sortir. Il est de notre rôle de leur faire rencontrer de nouveaux visages, de nouveaux centres d'intérêts et de modifier leur routine. En parlant de routine, ce sont des enfants qui doivent avoir un plan de sortie. Lorsque nous allons dans un lieu qui leur est inconnu, il faut tout détailler : qui est la personne, où nous allons, ce que nous allons faire (dans le bon ordre SVP), pourquoi nous sommes invités (ils ne comprennent pas encore qu'on peut nous inviter uniquement pour faire plaisir !), quand nous allons rentrer, est-ce que nous mangerons sur place... C'est simplement un signe d'une grande insécurité qui les habite encore. Heureusement qu'ils sont trois pour se soutenir ! C'est certain que cela nous épuise beaucoup de toujours répéter notre plan de la journée aux heures, mais en même temps nous comprenons qu'ils ont toujours eu des journées très planifiées à l'orphelinat. C'est donc un héritage avec lequel nous devons vivre.

Au niveau de la santé , tout va très bien. Les jumeaux ont été rencontrés le 1er août et il n'y a rien à signaler. C'était une longue journée entre le bureau du médecin, les radiographies et les prises de sang. Là encore, les enfants ont regardé partout autour d'eux les différentes communautés présentes : musulmans, juifs, asiatiques, handicapés, etc... Malgré le fait que nous avons expliqué que le Canada est un pays ouvert et libre, ils restent surpris et curieux de voir ces personnes. Ils nous confirment que jamais ils n'ont vu de juifs et de chinois. Je vous laisse imaginer à quel point c'est un peuple "ouvert d'esprit". Nous ne leur en voulons pas, à l'inverse des personnes qui leur ont forgé certaines idées nauséabondes dans leur tête... 

C'est certain que ce sont des enfants de 9-10 ans, donc je vous laisse imaginer qu'ils ont les mêmes attitudes et habitudes que les enfants biologiques de leur âge. Cependant, il agréable de voir qu'ils ont un beau comportement lorsque nous sommes invités ailleurs. Ils sont très polis, respectueux et suivent nos consignes. Jamais ils ne vont défier l'autorité. Par contre, il arrive souvent qu'ils nous contredisent ou remettent en question un fait, peu importe le sujet. Là encore, c'est le fruit de plusieurs années de lavage de cerveau. À nous de les reprogrammer petit à petit, sans "cracher" sur quiconque. C'est toute une délicatesse que nous devons avoir, mais en même temps nous considérons qu'il est hyper important de rétablir les faits et la réalité. 

Enfin, je vous parlais d'Oleg et de sa facilité à parler le français. Cela nous amène à avoir de belles discussions. Vraiment ! Hier soir, je crois que nous avons atteint un sommet. Il était curieux d'avoir les détails sur les causes de notre infertilité. Cela m'a amené à lui parler de notre processus d'adoption, du choix de l'Ukraine, de notre voyage avant de les rencontrer, etc.. Il me confirme en effet que cela fait plusieurs années qu'il priait pour avoir des parents et que bien souvent il s'endormait le coeur lourd. Il m'a ensuite fait une confidence qui m'a bouleversé. Il me donne sa version des faits que les causes de leur placement à l'orphelinat. Selon lui (et j'insiste que c'est ça version), un soir lorsqu'ils étaient au lit, il y a eu une discussion intense dans le couple. Une personne est venue dans leur chambre. Les filles dormaient, mais lui avait un oeil ouvert et se souvient qu'on l'a endormi en lui appliquant un linge sur sa bouche. Il se souvient qu'à son réveil il était dans une ambulance et que le lendemain il faisait son entrée à l'orphelinat. Toujours selon lui, il a appris dès lors que sa mère a été tuée. Je ne vous cache pas que je suis parti à pleurer comme une madeleine tellement son récit faisait du sens et qu'il mettait beaucoup d'intensité dans ses propos. Cependant, Mélissa et moi avons immédiatement pris les avis de jugement en notre possession. Nous avons la confirmation que leur mère vit encore car elle était à la cour en 2012 lors de sa destitution des droits parentaux. Cependant le père n'est en fait pas leur père. Il y a donc une zone trouble entre cette possible agression et leur placement à l'orphelinat. Nous allons devoir élucider le tout. Cela expliquerait le comportement d'Oleg sur beaucoup de niveaux, dont sa phobie de la mort. Quand on dit qu'en adoption on adopte un passé qui peut être difficile, en voici une belle preuve.

Sur ces paroles, il m'a serré TRÈS fort dans ses bras et me dit qu'il remercie Dieu de nous avoir trouvé. C'était une discussion des plus intenses que j'ai jamais eu de ma vie. Voilà des moments qui risquent de revenir souvent avec l'arrivée du langage oral. Ce sont des enfants merveilleux, au passé lourd, mais au coeur immense. Malgré tous leurs défauts (il est normal qu'ils en aient), nous les admirons pour leur résilience et leur ténacité.

Une évolution au quotidien

Wow, déjà 10 jours sans vous avoir donné de nouvelles de nos petits cocos d'amour. Ça passe si vite !!! Si vous êtes parents, peu importe si vos enfants sont biologiques ou adoptés, vous savez que la relation entre vous et eux est de type "amour - haine". Je peux vous dire que nos enfants n'échappent pas à cette règle. Il y a des jours où ils nous font vibrer de bonheur jusqu'à nous pousser quelques larmes d'amour... et des fois vous avez simplement envie de leur tourner le dos et de vous demander pourquoi nous avons ces enfants. Je vous rassure, tous les couples ayant adoptés ont les mêmes réactions. Nous sommes donc dans la normalité adoptive (pour reprendre le titre d'un ouvrage que nous avions lu pendant le processus d'adoption).

Nos enfants sont de petits êtres très intelligents, bourrés d'astuces et très sensibles à ce que nous faisons, nous disons, nous dégageons, etc... Ils ont une mémoire incroyable, des yeux de lynx, des oreilles de chats et des ruses de renards. Actuellement, les enfants sont attachés à nous, mais cet attachement en est un de fonctionnalité. Ils ont encore beaucoup de pensées pour l'Ukraine, leurs amis, leurs nounous, leur orphelinat. Cela est normal. Il s'agit de notre côté de ramener les choses à leur place et de mettre l'Ukraine dans un contexte réel. Ils idéalisent beaucoup leur pays et ce qu'aurait pu être leur situation si nous n'avions pas choisi de les adopter. Ces pensées sont un frein à l'attachement total envers nous, à l'apprentissage de la langue et à leur intégration sociale. Le but n'est pas de casser du sucre sur le dos de quiconque et encore moins de mettre leur pays d'origine au dernier rang. Nous leur parlons de la réalité uniquement et ce, avec le plus d'objectivité possible. 

On note que nos enfants ont eu plusieurs lavages de cerveau par différentes personnes à l'orphelinat, que ce soit au niveau politique, social, religieux, médical, etc... Par exemple, aucun de nos enfants n'étaient au courant de ce qui arrive lorsque les orphelins atteignent l'âge de 18 ans : 20% d'entre-eux y arrivent à force de se battre, mais les 80% (la vaste majorité) tombent dans des situations complexes et sombres (criminalité, prostitution, drogue...). Certes, nous avons mis des gants pour leur en parler, mais rappelons qu'ils ont 9-10 ans et qu'ils comprennent bien. Nous avons rappelé qu'il y a une différence entre ce que le pays (et ses citoyens) pense et ce que son dirigeant décide de faire (je pense surtout à la Russie qu'ils détestent pour mourrir). Après plusieurs discussions, on sent que les enfants commencent à réaliser la chance qu'il leur ait tombé sur la tête. On a senti ce besoin de les secouer un peu et d'enlever cette vision trompeuse qu'ils avaient. On souhaite surtout développer leur esprit critique et leur expliquer toute la réalité, que ce soit celle du Canada ou de l'Ukraine.

Au niveau linguistique, je vous dirais que nos enfants sont en mode "loi du moindre effort". On a même l'impression parfois d'être nous-mêmes plongés dans un bain linguistique. Nous les avons d'ailleurs remercié de tout ce bagage de vocabulaire qu'ils nous transmettent (à la blague bien sûr). Aujourd'hui, nous avons compris qu'ils utilisent uniquement le vocabulaire requis pour leur survie (se nourrir, se déplacer, jouer, etc...). Par contre, tant qu'ils auront leur esprit en Ukraine, ce sera très très long avant de voir des progrès. On a aussi une grosse compétition : ces enfants avaient tout dans leur orphelinat. C'est donc difficile d'offrir plus en si peu de temps (cinéma 3D, nouveaux vêtements aux 2-3 semaines, sorties à la plage en été, sorties au parc d'attraction et j'en passe). Nous devons donc être plus divertissants, attrayants et fascinants que leur vécu. C'est tout un défi, mais nous le relèverons haut la main car nous les aimons de tout notre coeur. 

On voit aussi que les dynamiques entre les enfants sont très bien organisées. Oleg gère la fratrie. Lisa influence beaucoup son frère et sa soeur, Macha se laisse marcher sur les pieds et ne prend aucune initiative qui pourrait blesser quiconque. Bref, nos enfants sont un vrai laboratoire de psychologie à aire ouverte. On sent aussi que Oleg n'a de yeux que pour son père (pour le moment), mais que cette situation est normale sachant qu'il n'a pas encore fait le deuil de sa nounou. Il en parle régulièrement, mais moins souvent. Tant et aussi longtemps qu'il aura ce sentiment de culpabilité de l'avoir laissé derrière lui, il y aura de la distance entre lui et Mélissa. Notez bien qu'il l'aime beaucoup, mais qu'au fond de lui, sa mère c'est encore sa nounou. Pour les filles c'est très différent. Elles cheminent beaucoup, surtout Lisa qui a vécu de belles crises (je devrais dire de grosses crises). Ces crises n'étaient en fait qu'une série de tests pour savoir si malgré ses défauts, nous l'aimerions toujours. Depuis ce temps, tout est chose du passé et elle s'ouvre beaucoup à nous. C'est une petite fille complètement différente, mais encore très timide et froide pour ceux qui ne la connaissent pas encore. Macha quant à elle doit développer une personnalité, car elle était l'ombre de son frère (chose normale pour des jumeaux). Elle est très douce et elle dispose de plusieurs belles aptitudes (elle a une attirance naturelle pour les animaux, elle réussit dans plusieurs sports, elle s'adapte vite, etc...). 

Maintenant pour l'école, nous avons beaucoup de choses à penser et à décider. Puisque les liens d'attachement ne sont pas encore optimaux, on nous a fortement conseillé de ne pas les scolariser à temps plein, mais plutôt à petite dose jusqu'à décembre. Par exemple : 1h par jour en étant présents dans l'établissement pour les rassurer. Ces enfants ne sont pas comme les autres, et ils le savent bien. Comment les envoyer à l'école pendant 5-6h par jour sans que leurs liens avec nous ne soient solides. C'est purement de la folie et cela constituerait une bombe à retardement. On va donc continuer d'y penser pendant quelques jours, puis nous décideront de ce qui sera fait à cet égard. Nous les inscrirons aussi à des activités pour lesquelles ils ont beaucoup d'affinité (le foot pour Oleg, l'équitation pour Macha et la cuisine ou les arts pour Lisa). L'école à petite dose, des activités extra-scolaires ainsi que beaucoup d'amour et de plaisir à bâtir notre lien d'attachement avec eux seront une recette pour une famille épanouie, équilibrée et solide. Un énorme merci à Domenica et à Hélène du CSSS Jeanne-Mance ainsi qu'à Sylvie Samson du CSSS de l'Ouest-de-l'Île pour leurs précieux conseils. 

Première visite médicale

Première visite médicale

En cette belle journée d'été, quoi de plus idéal que d'annoncer aux enfants que nous irons à l'hôpital pour passer des examens au lieu d'aller s'amuser dehors et profiter des belles conditions... La veille, nous avons pris notre courage à deux mains et avons annoncé aux enfants que demain nous devrons nous lever de bonne heure afin d'aller voir le docteur. Les yeux étaient dubitatifs et curieux à la fois. On leur explique que tous les enfants (et les adultes) doivent régulièrement voir un médecin pour vérifier que tout va bien. Ils ont rapidement compris et nous n'avons pas eu de crise à gérer. Le soir avant de s'endormir, Oleg nous demande de programmer son radio-réveil. Les filles nous demandent combien de temps nous avons avant de quitter la maison. Bref, on les sent bien prêts. 

Le lendemain matin, 6h a sonné... Oh la la que les visages sont fatigués, mais tout est sous contrôle : les enfants se sont habillés rapidement, sont descendus manger et ils étaient prêts vers 6h45. Pas de niaisage dans l'air, tout semble bien aller. Ils sont juste bien endormis et fonctionnent au radar. On les met dans l'auto et "hop" on se dirige vers l'Hôpital de Montréal pour Enfants. Notre rendez-vous est à 9h30, mais nous avons nos cartes d'hôpital à créer (ouverture de dossier). Sachant que nos enfants n'ont pas encore leur carte d'assurance maladie (assurance sociale), nous préférons arriver en avance pour ne pas compliquer les choses et prendre tout le temps nécessaire. Il y a peu de trafic et nous arrivons aux alentours de 8h15.

Les enfants et Mélissa attendent patiemment le temps que je prépare les cartes d'hôpital avec la préposée. Tout va très bien et les cartes sont faites en un rien de temps. Puisque les enfants n'ont toujours pas leur carte d'assurance maladie, nous devrons débourser tous les frais de notre poche... Cependant lors de la réception des cartes des enfants, nous pourrons nous faire rembourser... Voici donc une belle surprise pour débuter la journée. J'avais aussi oublié que de faire une demande de carte d'hôpital pour 3 enfants prenait aussi plus de temps... Nous sommes enfin prêts pour monter à l'étage vers 9h10. 

En montant, les enfants découvrent des enfants malades, sans cheveux, en fauteuil roulant, avec des béquilles, etc... Ils ont la mine sérieuse et se parlent entre eux. Cependant, ils ont la fâcheuse tendance à pointer du doigt et à fixer un enfant qui ne semble pas en santé. Nous essayons de leur expliquer du mieux qu'on peut, mais cette habitude ne semble pas facile à corriger. Nous arrivons au local B-260 et attendons de rencontrer Dre Louise Auger. C'est elle qui a fondé la clinique multiculturelle du Centre Universitaire de Santé McGill. Auparavant, nous lui avions transmis tous les dossiers ukrainiens sur l'état de santé de nos enfants (dossier médical, carnet de vaccination, évaluations, radiographies...). Elle semblait bien préparée. Elle débute par Lisa, tout simplement à cause de son traitement actuel pour l'épilepsie. En attendant, elle installe les jumeaux sur une table avec des crayons et des feuilles à colorier.

Dre Auger note tout de suite que les enfants sont calmes et semble surprise de voir la belle dynamique entre eux et nous. Nous passons à travers un long questionnaire avec elle. Malgré le fait que nous avons un dossier médical hérité de l'orphelinat, elle ne juge pas qu'il est précis et étoffé. Elle ne prend donc aucune chance et décide de faire des examens approfondis. Par exemple, Lisa a été diagnostiquée positive pour la tuberculose en septembre 2013. Cependant, aucun traitement ni aucune action ne semblent avoir été prises. Elle réfère donc Lisa en médecine respiratoire et demande immédiatement une radio des poumons. Elle fait également une LONGUE liste de tests diagnostiques incluant un dépistage de la tuberculose, des tests de selles pour vérifier la présence éventuelle de parasites et coche un nombre incalculable de tests divers. Par la suite, elle ausculte Lisa sous tous ses angles (réflexes, motricité, yeux, nez, bouche...). Elle a deux grains de beauté à surveiller et nous conseille de faire un suivi en dermatologie car ils sont suspects (rien de bien méchant). Elle nous donne quelques requêtes de tests à faire immédiatement, du fait que nous sommes déjà à l'hôpital. Lisa devra revenir mardi pour passer un électroencéphalogramme (EEG) afin de valider si elle a (ou non) un foyer épileptique et si elle peut (ou non) arrêter son traitement via un sevrage progressif...

Nous courrons donc au centre de prélèvement où tout s'est bien déroulé (malgré les nombreux tubes prélevés). Lisa n'a pas pleuré et Maman l'a accompagnée tout le long. J'étais dans la salle d'attente avec les jumeaux. Par la suite, nous sommes allés en radiologie et là aussi tout s'est bien déroulé. Nous sommes allés manger entre deux, car les enfants étaient affamés tout comme nous. En attendant notre tour, les enfants aperçoivent une famille de juifs portant leurs habits traditionnels. Premier choc culturel car cette population est à peu près inexistante en Ukraine. Les enfants ont la bouche grande ouverte. Ils se parlent entre eux, puis me demandent qui sont ces "étranges" personnes. Puisque beaucoup de personnes se trouvaient autour, je joue la carte de la discrétion et leur indique que ce sont des personnes de confession juive sur mon téléphone, via Google Translate. Les enfants étaient sous le choc et empruntent mon téléphone. Ils cherchent le mot "juif" sur le moteur de recherche Google, mais dans leur langue (j'ai les 2 claviers, français et russe, qui sont installés). Ils cherchent des images et tombent sur une quantité impressionnante de photos antisémites, incluant une photo d'Hitler. Le malheur est tombé sur ma tête : ils cliquent sur cette photo et me la montre devant tout le monde. Ils m'expliquent qu'ils croyaient que ce personnage avait tué l'ensemble de ce peuple. Je ne savais plus où me mettre ! Mélissa revient avec Lisa qui avait terminé sa radiographie des poumons. En quittant, je regarde le couple à côté de nous (qui était aussi sous le choc) et leur explique que c'est leur héritage ukrainien qui vient de parler... Je quitte sur la pointe des pieds et décide d'avoir une discussion avec eux sur ce sujet.

La seule question que j'ai pour eux : qui leur a parlé de ce personnage et qu'est-ce qu'ils savent de lui. Oleg m'explique qu'une des nounous leur a montré des vidéos sur lui et qu'il semblait être un personnage positif... Imaginez le lavage de cerveau que ces enfants ont eu sur ce sujet et sur bien d'autres également... Notre rôle est maintenant de remettre les pendules à l'heure. J'ai pris le temps de bien expliqué qu'au Canada (tout comme partout ailleurs en occident), tout le monde a le droit de faire ce qu'il veut. Ces gens, les personnes de couleur, les handicapés et autres ont parfaitement le droit de vivre et de s'exprimer. Je leur ai dit que la photo qu'ils m'ont montré est interdite chez nous et qu'il est inacceptable qu'ils la montrent. Le message semble bien avoir passé.

Nous finissons la journée en retournant voir Dre Auger. Elle nous confirme les rendez-vous pour Oleg et Macha le 1er août prochain et nous prenons même un rendez-vous de suivi le 27 janvier prochain. Bref, notre petite Lisa est parfaitement en forme et elle a bien évolué (en taille et en poids) depuis son arrivée au Canada. De retour à la maison, et pour les remercier de leur patience, nous sommes allés voir le nouveau film de Disney "Les avions 2" au cinéma et en 3D. En revenant les enfants étaient crevés et ils sont allés se coucher vers 20h15. La journée a été longue, mais fort agréable avec nos petits loups...

Tendresse, intensité et amour

Les enfants sont toujours des boîtes à surprises : ils ont des réactions, des comportements et des sujets de discussions qui sont imprévisibles. Depuis plus d'une semaine, nous sommes vraiment heureux de vivre comme une famille tout à fait normale. Nous essayons de vivre au-delà de la langue et de ses barrières. Il est facile de s'isoler de ses enfants si nous considérons que la langue est notre seul canal de communication. Nous réalisons que nos enfants utilisent clairement d'autres moyens pour nous passer un message ou bien pour nous poser une question. 

Nous avons une idée beaucoup plus claire de ce qu'ils sont, de ce qu'ils ressentent, de leurs doutes et angoisses, de ce qui les allument ou non. Bref, on est de plus en plus connectés à eux. C'est d'ailleurs flagrant car on arrive à se parler en franco-russe tout le temps et nous entretenons de belles conversations. Souvent nous rigolons, des fois nous nous fâchons pour rectifier un comportement (chose tout à fait normale dans une famille) et des fois nous écoutons un message qu'ils veulent nous transmettre.

Ces derniers jours, on voit que les enfants ont tendance à s'ouvrir de plus en plus. Ce soir n'a pas fait exception et c'était une journée encore très forte en (belles) émotions. Nos trois enfants sont bien entendu différents et réagissent à des degrés divers, selon le sujet de conversation. Lisa est peu sérieuse et tourne rapidement au clownesque. Macha est extrêmement attentive car elle souhaite bien saisir tous nos mots, elle est d'ailleurs très réactive à notre non-verbal. Quant à Oleg, il est auditif, sérieux et très attentionné. Ainsi, on voit immédiatement la réaction des enfants lorsqu'un sujet les intrigue, les inquiète, les réjouit ou les rend tristes. 

Ce soir est venu la question suivante de la part d'Oleg : "Papa, Maman... Est-ce qu'on peut appeler au téléphone du Canada vers l'Ukraine ?". Par chance que Mélissa et moi avons eu ce sujet de conversation hier soir, puisqu'Oleg m'avait demandé s'il pouvait écrire une lettre à sa nounou. Plusieurs réponses ont été envisagées :

  • Oui mon chéri, pas de problème. Voici le meilleur moyen de perturber son attachement au pays et à ses nouveaux parents. Ça ouvre aussi plusieurs problématiques d'attachement. Cependant, ça pourrait aider les enfants dans leur "deuil" concernant le départ de leur pays et des gens qu'ils ont côtoyé pendant 7 ans...
  • Non, aucune communication n'est possible entre le Canada et l'Ukraine. C'est un peu prendre les enfants pour des idiots, voire de leur mentir. Ils savent que nous étions sur Skype en Ukraine avec notre famille en France et au Canada. Nous sommes mal à l'aise dans le mensonge...
  • Répondre par une simple question "Pourquoi ?". C'est l'avenue que nous avons utilisé car elle permet à l'enfant de comprendre notre place, sa place et le rôle des personnes qui l'ont entouré pendant 7 ans.

De ce fait, nous avons répondu ce soir avec cette dernière réponse. Cela a permis de constater qu'Oleg a un fort sentiment de culpabilité. Souvenons-nous qu'il a quitté l'orphelinat en voyant sa nounou en larmes et en quasi-crise de nerfs. Ça laisse clairement des traces chez les enfants. Macha était attentive, mais semblait déconnectée de l'Ukraine, ce qui est positif. Lisa était clairement attachée à son pays, mais ne semble pas se souvenir de la raison qui l'a poussée à le quitter... Par la suite, nous avons remis les choses à leur place. Nous leur avons expliqué que les nounous ont toutes reçu un cadeau, des fleurs et une carte personnalisée de leurs mains. Les nounous sont avant tout des employées qui sont passionnées par leur travail. Ce ne sont pas des mamans. Par contre, elles ont fait un travail remarquable car nous sommes fiers de nos enfants. On a vu que le message est passé et qu'ils ont compris notre point de vue. Mélissa leur a également expliqué que nous avons passé de longs moments avec leurs nounous et toutes les personnes qu'ils connaissaient afin de récupérer un maximum de souvenirs que nous avons écrit et conservés dans leur boîte à racines (genre de boîte à souvenirs avec tout ce qui a composé leur passé). Papa a été très ému et Maman très fière de leur montrer son carnet de bord. Un moment d'une beauté inouïe. Oleg se souvient que sa nounou lui lisait beaucoup de livres. Lisa se souvient qu'elle aidait à faire de la cuisine. Macha se souvient qu'elle aidait beaucoup ses amis. Ils avaient de la nostalgie dans les yeux et cela semblait leur faire du bien d'en parler.

La discussion s'est poursuivie dans le salon. Mélissa annonce à Lisa qu'ils ont deux Papas et deux Mamans. Lisa fait une drôle de face. En effet, nos enfants sont venus au monde grâce à un Papa et une Maman qui ont eu la  chance et la gentillesse de les concevoir et de les mettre au monde. Puis, après plusieurs années de quête, la Vie a eu la brillante idée de nous proposer nos trois amours que nous allons chérir et aimer pour toujours. Lisa a tout de suite compris et a embrassé chaleureusement sa Maman en lui lançant des tonnes de "je t'aime". C'était beau à voir... Pendant ce temps, Papa était collé sur Macha et Oleg qui étaient concentré sur le film de la soirée (Fée Clochette et la pierre de lune). 

En allant coucher les enfants, nous nous sommes amusés à leur lire un livre comme tous les soirs. Mélissa était avec son petit gars. J'étais avec les filles. Nos enfants adorent ce moment avant de faire dodo. Ils sont calmes, attentifs et chaleureux. Nous disons un bonne nuit aux filles. Puis on va rejoindre Oleg qui nous attend impatiemment. Il semble que la discussion se poursuit. Il nous parle de son pays en guerre. Il nous exprime qu'il était très anxieux là-bas. Je lui confirme qu'il n'a plus à s'en faire, sauf prier pour ceux qu'il aimait là-bas. On poursuit sur la lancée des deux parents. Il a bien compris notre discussion. Il nous a mentionné que si nous avons pleuré et prié pour avoir des enfants, lui a pleuré beaucoup et a prié pour avoir des parents comme nous. Je ne vous cache pas que les larmes sont arrivées, mais heureusement il faisait sombre... Cet enfant est d'une sensibilité et d'un coeur incroyable. Il nous a serré tous les deux forts dans ses bras pour nous lancer des "je t'aime Maman, je t'aime Papa" qui sont allés raisonner dans le plus profond de nos coeurs. 

Nos enfants sont incroyablement conscient de ce qu'ils vivent et grâce à leur confiance, leur amour et leur coeur, nous arrivons plus que jamais à communiquer efficacement et avec émotions. C'est très touchant et surtout enivrant. On aura le goût de leur parler des heures et des heures. Ce jour-là viendra plus vite que ce que l'on pense...

Les oiseaux font leur nid...

Bonjour à vous tous. Cela fait plusieurs jours que nous n'avons pas donné de nos nouvelles sur notre blogue. Comme vous l'avez lu, l'arrivée au pays a exigé beaucoup de nous, mais surtout beaucoup pour les enfants. Ils ont du trouver leurs repères, bâtir leur bulle de sécurité, nous découvrir (nos qualités et nos défauts), s'acclimater, construire une routine, etc... Ce serait mentir que de vous dire que tout s'est déroulé sans heurt, sans conflit et sans soucis. Sauf que cela est une étape bien connue de tous les couples qui sont revenus d'Ukraine, peu importe le nombre d'enfants et leur âge. L'adoption est un processus qui commence réellement quand les enfants sont à temps plein avec nous, chez nous.

Depuis notre dernier billet, plusieurs choses positives et moins positives se sont déroulées. Nous aurions pu vous faire un descriptif pour tout cela. Sauf que nos enfants ont cette faculté à se ressaisir rapidement après un conflit ou une réprimande. Ils savent que nous les aimons et les aimerons pour toujours, nous leur répétons très souvent. C'est essentiel, peu importe l'intensité de la crise à gérer. Ce qui est très frappant, c'est que les crises sont de plus espacées et de moins en moins intenses. Les enfants nous connaissent mieux et ils savent aussi que nous les connaissons très bien. Cela les rassure beaucoup. L'autre élément c'est que nos enfants commencent à prendre le virage "en français" très rapidement. Les mots et phrases essentielles sont très bien maîtrisées et ils se débrouillent de mieux en mieux. Voici leur acquis actuellement :

  • Les lettres de l'alphabet (nous avons même construit un tableau montrant les sons similaires entre le russe et le français afin de les aider. Le son "e" et "u" sont les plus difficiles pour eux)
  • Les nombres de 0 à 20
  • Les marques de politesse essentielles (bonjour, merci, bienvenue, s'il vous plait, etc...)
  • Les couleurs essentielles
  • Les formes de base
  • Leur orientation spatiale (devant, derrière, gauche, droite, dessous, entre, à côté)
  • Les animaux de base (chien, chat, singe...)
  • Les modes de transport (avion, auto, bateau, autobus, vélo...)
  • Les aliments qu'ils prennent le plus souvent (lait, jus, eau, pain, céréales, poulet, crème glacée...)

Il nous arrive quelquefois qu'Oleg nous réclame son heure de cours de français. Les enfants nous demandent aussi de faire une lecture d'un livre le soir, de regarder un film (en français) le soir après le souper et avant le dodo. Ils sont très agréables. Lisa a vécu des moments plus difficiles car elle sentait qu'elle devait vraiment aller de l'avant avec la francisation, surtout lorsqu'elle voyait son frère et sa soeur faire de gros efforts. Sa réaction a été intense, mais tout semble désormais chose du passé.

Nous tenons à souligner que nous sommes toujours en période de cocooning et que personne n'est encore venu à la maison, mis à part les grands-parents qui viennent à petites doses (10-15 minutes max). Les enfants ont besoin de nous, de notre présence et de nous savoir disponibles. Ils ont maintenant un bel attachement envers nous et même envers Mélissa qui a vécu des périodes creuses très déchirantes. Maman a donc pris une belle place avec les enfants qui lui font de plus en plus appel pour toutes sortes de choses. Par contre, il est encore difficile de sortir avec les enfants afin de rencontrer des amis ou d'autres membres de la famille. Les enfants n'ont pas confiance dans leur mode de communication et pensent qu'ils doivent avoir un français impeccable pour entrer en contact avec un enfant de leur âge. Ils paraissent même sauvages par moment et se retirent dans un coin lorsqu'ils ne se sentent pas à leur aise. Nous tenons à ne pas les brusquer, mais en même temps nous avons commencé à les sortir dans divers endroits (Biodôme, zoo de Granby, festivals, centres commerciaux...).  

Puisque nous connaissons mieux nos enfants, voici un petit survol de ce qu'ils sont :

  • Leurs activités préférées : la piscine, simplement être avec Maman et Papa, cuisiner, jouer dehors, aller au parc, magasiner, faire un tour d'auto, laver les autos
  • Leurs plats préférés : les fruits et légumes crus, la crème glacée, le poulet, le maïs, tous les plats que nous cuisinons ensemble
  • Leurs émissions et films préférés : Princesse Sofia, La reine des neiges, Détestable moi, Docteur Peluche, Petshop, Macha et l'ours, Oggy et les cafards, Jack et les pirates (attention, les enfants adoptés ont un âge socio-affectif plus bas que leur âge physique !!)
  • Leur plus belles qualités : serviables, emphatiques, ordonnés, polis, drôles
  • Ce qu'ils détestent le plus : la mort, briser leur routine, les plats relevés ou avec des textures trop différentes

Petite anecdote qui en dit long sur notre attachement et sur leur relation avec la mort. Mélissa montre un calendrier à Oleg. Il lui pointe sa date d'anniversaire, puis Mélissa lui pointe les nôtres. Ils réalisent que Maman va avoir 37 ans et que Papa va en avoir 40. Il nous explique qu'un jour Papa aura une auréole et des ailes et qu'il sera un ange lorsqu'il va mourir. Puis, il se retourne sur son oreiller et se met à pleurer à chaudes larmes. Maman a beau lui expliquer que tout le monde finira ainsi, il est bouleversé. Puis, il me serre fort dans ses bras et me regarde comme si j'étais sur mon lit de mort. Il était inconsolable. Maman est vite allée chercher un petit ourson en peluche dans notre chambre. Elle a mis du parfum de maman sur les pattes et du parfum de papa sur les bras. On lui a laissé pour s'endormir et il semblait très rassuré.

Dernière anecdote très touchante. Oleg nous demande très naturellement un soir, avant de s'endormir, si nous sommes tristes de ne pas avoir eu de bébé. Tout cela avec un peu de français et des signes pour m'expliquer sa question. Ça m'a touché droit au coeur et je devais me contenir pour ne pas verser de larmes. Puis je lui explique que non, en effet, mais que ce sont eux les plus beaux bébés qu'on a la chance d'avoir dans nos vies. Il réplique bien entendu qu'il n'est pas un bébé, mais en souriant me dit qu'il comprend ce que je veux dire. Ces enfants sont d'une sensibilité déconcertante et viennent chercher des émotions très spéciales au fond de nous. Ils sont incroyables. 

En résumé, nos enfants sont de plus en plus attachants, nous aiment un peu plus chaque jour et nous surprennent régulièrement. Le soir, lorsque nous sommes tous collés sur le divan pour regarder un film, ils descendent leur oreiller afin que nous soyons tous confortables, mettent une couverture sur nous et se collent comme de petits chiots. Ce sont des moments qui respirent le bonheur, l'amour et la tendresse. Que demander de plus ? Nous sommes aux anges...

Fratrie, langage et petits défis...

Bien avant de partir pour l'Ukraine et de parler d'adoption, nous avons toujours souhaité une famille de 2-3 enfants. Nous avions toujours pensé qu'adopter une famille serait parfait pour les sécuriser et les soutenir durant leur enfance et leur adolescence. Nous savions aussi que cela pouvait aussi représenter quelques défis, mais rien de bien méchant...

Depuis notre retour au pays, nous voyons que les enfants sont de plus en plus à l'aise avec leur maison, avec nous et avec la famille directe. On ressent leur joie, leur excitation et leur amour. S'il y a bien quelque chose que les enfants nous apprennent, c'est de vivre l'instant présent. Ils vivent à coups de 5-10 minutes et il nous est impossible de planifier quoi que ce soit à l'avance. Les activités et leurs intérêts peuvent changer rapidement. Cela est normal dans un contexte où ils sont stimulés par toutes sortes de choses : les jeux extérieurs, les jeux électroniques, la télévision, les jeux de société et autres jeux amassés à l'étage, proche de leurs chambres. Par contre, nous avons noté qu'ils ont beaucoup de difficultés à jouer plus de 5 minutes sans la présence d'un adulte. Cela est tout à fait normal, car ils recherchent avant tout notre présence et la chaleur humaine de parents qui les aiment. C'est flagrant. 

Les enfants découvrent aussi de plus en plus nos habitudes, savourent de nouveaux plats ou de nouvelles façons de préparer des aliments, absorbent nos habitudes, etc... Ce sont des enfants qui sont très faciles à gérer. Les crises sont de plus en plus éloignées et rares. Cependant, nous ne sommes pas dupes et devinons que d'autres crises feront leur entrée, tout comme n'importe quelle famille avec des enfants de 9-10 ans.

Le plus gros défi demeure la francisation. Depuis le tout début, ils savent que nous parlons français et que toute la société qui nous entoure parle français. Mais depuis leur arrivée, on a senti un plateau voire une regression dans l'utilisation du français à l'oral. De ce fait, nous avons du agir et faire une réunion au sommet. Nous leur avons signifié qu'après 2 semaines passées avec nous, leur motivation à parler le français ne semble pas être très forte. Ils ont très bien compris notre message et ils essayaient de changer de sujet de conversation. Tout de suite, nous avons remarqué qui influence qui. En effet, avoir une fratrie c'est aussi avoir des jeux d'arrière-scène, avoir des jeux de puissance et des manigances. C'est un classique auquel nous nous attendions. Nous avons fait des jeux pour rendre l'apprentissage agréable : chercher des pictogrammes cachés un peu partout dans les pièces de la maison. Cela permet de travailler des thèmes de mots (ex : les véhicules) ainsi que les pièces de la maison. Par exemple, on demandait à Macha de chercher l'avion dans la salle de bain. Les enfants ont adoré. Cependant Lisa s'est rapidement isolée et a refusé de participer. Premier signe d'un refus d'apprendre. 

Après quelques discussions, les enfants m'ont signifié leur peur de perdre leur langue. En y pensant bien, leur langue et leur culture sont les seuls éléments qu'ils ont pu ramener et conserver avec eux. Sans cela, ils ne sont plus rien. Je leur ai signifié que je suis comme eux : je viens d'un autre pays, que j'ai ma culture et mon vécu. Cependant pour m'intégrer au monde qui m'entoure, j'ai du m'ajuster et apprendre certaines choses, y compris au niveau du langage. Je leur ai signifié qu'on leur demande d'apprendre une nouvelle langue, pas de perdre leur langue actuelle. Ça les a un peu rassuré, mais on sent que c'est une corde très sensible. 

Aujourd'hui, nous les avons réinstallé en réunion extraordinaire autour de la table. Puisque les jeux ne semblent pas donner de résultats concluants, nous avons du changer de stratégie. Comme tous les enfants, ils ne se motivent pas à faire quelque chose sans qu'on touche à quelque chose d'important pour eux. Nous leur signifions qu'ils ne font aucun effort pour se faire comprendre, pour utiliser les mots appris et que même s'ils connaissent un mot en français, ils utilisent le mot russe. De plus, il ne leur reste que 7 semaines avant d'entrer en classe. On leur a donc sorti des cahiers d'exercices en français et en maths qui couvrent leur niveau respectif. Cela avait pour but de leur montrer qu'ils ont une pente à remonter et que si rien n'est fait, cela sera très difficile. Les réactions ont été multiples. Lisa s'en est moquée et a juste dit qu'elle fera bien ce qu'elle voudra (extra comme réponse !). Oleg a fait la tête et a froncé les sourcils (plus tard on s'est parlé seul à seul et il pensait qu'il devait savoir tout cela pour septembre, mais je lui ai bien mentionné que le but est d'y aller à petites doses. Cela l'a beaucoup rassuré). Macha a eu le réflexe de commencer à apprendre et à pratiquer des mots appris. Les trois ont donc des réactions diamétralement opposées. 

En quittant la table, les enfants se sont mis dans une chambre en haut, en caucus, afin de discuter de la situation. Macha a vite été écartée car elle est la seule qui souhaite vraiment évoluer. La dynamique est passionnante à observer. De ce fait, on leur confirme que nous ferons des cours traditionnels de 30 minutes par jour, et individuels pour ne pas que X influence Y. Les temps de sorties, de jeux et autres plaisirs seront coupés tant et aussi longtemps qu'ils ne montreront pas de signes de progrès. Ça a brassé un peu, mais nous devions absolument les mettre au pied du mur. Lisa a continué d'utiliser des mots de russe uniquement, Oleg est parti dans sa chambre réfléchir et Macha était déjà à l'étude des lettres de l'alphabet. 

La francisation est très complexe car il faut étudier l'alphabet, puis développer le langage oral avant de s'aligner vers la lecture puis l'écriture. L'ordre d'apprentissage, on le connait bien. Par contre, c'est la stratégie d'apprentissage que nous peaufinons. En fin de journée, Oleg et Macha sont clairement remis de leurs émotions et ils utilisent des mots de français beaucoup plus souvent. Lisa continue de s'isoler et nous devrons probablement utiliser une autre stratégie pour elle. Les enfants sont dotés d'une excellente intelligence et ils comprennent beaucoup plus le français qu'on le pense. Nous irons donc dans un apprentissage forcé, organisé et structuré pour chacun d'entre-eux. Cette approche peut paraitre étrange pour certains d'entre-vous, mais quand vous avez 3 enfants à peu près du même âge, qu'ils se tiennent trop souvent entre-eux et qui refusent d'appliquer les quelques mots appris, vous devez mettre les bouchées doubles et organiser les enfants. Ne pas parler le français ne fera que les isoler, les frustrer (à l'école) et changer leur personnalité en développant des troubles de comportement. C'est exactement l'inverse que nous visons et ils ont été mis au courant que nous les aimons tellement que nous les aiderons du mieux qu'on peut dans ce processus. Petit à petit, nous sommes persuadés que nos enfants se débrouilleront très bien. Premier signe positif : ils adorent qu'on leur lise des histoires le soir... Pas si mal pour des enfants qui se butaient à notre langue ! Voici quelques conseils pour ceux qui souhaitent franciser une fratrie de 9-10 ans :

  • Isoler les enfants pour ne pas qu'un leader (négatif ou positif) ne vienne semer la zizanie
  • Débuter par le langage oral, des mots pratiques au quotidien, puis par l'alphabet, puis la lecture (sons complexes...) et l'écriture
  • Ignorer les enfants lorsqu'ils sortent un mot russe pour lequel ils connaissent l'équivalent en français
  • Couper dans les activités plaisantes lorsque l'enfant n'y met pas du sien dans son apprentissage. Récompenser l'enfant lorsqu'il présente un progrès
  • Utiliser les mots du jour le plus souvent possible dans la journée. Ex pour les couleurs, demander aux enfants de nommer la couleur des autos sur la route.
  • Rendre l'apprentissage agréable en ajoutant du jeu, des rires, etc...
  • Ne pas écoeurer l'enfant lors de son cours privé : si vous voyez qu'il en a assez, il faut se retirer tranquillement
  • Lors du repas ou dans l'auto, si les enfants parlent russe, ne pas hésiter à intervenir avec humour en les interrompant avec des "ah oui!", "non, dis-moi pas", "bien sûr", etc... Au début ça les frustre un peu, mais à la longue ils comprennent notre message.
  • À table ou dans l'auto, lorsque vous écoutez vos enfants parler entre eux et qu'ils utilisent des mots en russe pour lesquels vous savez qu'ils connaissent les équivalents français, dites ce mot à voix haute quite à interrompre leurs discussions. C'est très drôle de voir leur réaction.

2 mois avec les enfants...

Chers lecteurs, nous ne vous avons pas oublié. Au contraire ! Le 24 juin, cela a fait deux mois que nous connaissons les enfants. Tellement de choses ont changé ! Nous les connaissons beaucoup mieux aujourd'hui, c'est certain. Cela fait aussi 10 jours que les enfants sont arrivés au Canada. Le temps passe si vite. Leur adaptation se déroule bien, mais vous devez comprendre qu'ils se cherchent, qu'ils nous testent et qu'ils sont en train de trouver leur repère, leur sécurité. 

Comme tous les parents adoptants, nous sommes fiers de nos "bébés". La première erreur que nous avons fait (et je vous assure que même avec nos cours de pré-adoption nous ferons encore beaucoup d'erreurs), c'est de rencontrer rapidement quelques personnes de l'entourage. Faire de telles rencontres nous rend fiers et nous permet de présenter nos loustics à la famille proche. Par contre, nous oublions souvent que cela n'est pas bénéfique pour les enfants. Nous les voyons stressés, ils restent collés tous les trois et se mettent à l'écart tels des animaux qui fuient. C'est donc une décision que nous avons pris de ne plus rencontrer quiconque pour les prochaines semaines. Seuls les grands-parents sont les bienvenus car ce sont des figures qu'ils reconnaissent depuis longtemps. Ils savent que ce sont les parents de Mélissa et qu'ils viennent par petites périodes. Pour mes parents, c'est très drôle : ils me demandent quand ils viendront. J'ai beau leur dire que ma famille au complet vit en France, ils ne réalisent pas qu'ils ne viendront pas demain matin leur dire bonjour. 

Les petites crises, oui bien sûr il y en a. Mais à l'inverse des enfants biologiques, nous devons différencier la crise de caprice de la crise d'angoisse. Puisque nous implantons la discipline depuis le tout début, ils sont habitués à ce qu'on leur dise non. Donc sur ce point, ça va très bien. Mais par exemple Oleg ne voulait pas dormir dans un lit Queen (grand format 2 places) que nous avions. Il a pleuré de chaudes larmes sans dire pourquoi, a rejeté nos cadeaux (comme sa montre), a frappé sa tête contre les murs, a crié de longues minutes, mais jamais nous n'avons su pourquoi. Nous avons ramené le traducteur Google pour comprendre. Il s'est rassis sur moi, me tenait la main très fort et m'explique qu'il a préfère un lit simple car il a peur de dormir dans un grand lit. Et bien voilà une explication qui se tient : cet enfant a toujours dormi dans un lit superposé avec une douzaine d'amis. Il est donc normal qu'il y ait une période de transition. Nous sommes allés chez Ikéa et avons équipé les deux chambres. Tout est donc résolu : les filles dorment dans un lit superposé qu'elles ont choisi et Oleg a un lit simple qu'il souhaitait aussi. En étant vigilant et sensible à leur histoire, nous devons ajuster quelques éléments. Le but ultime c'est qu'ils aient leur cocon à eux, leur nid de sécurité. 

Autre fait intéressant, ce sont des enfants qui ont reçu beaucoup de fausses idées ou bien qui ont des habitudes très étranges pour nous, les occidentaux. Mais tout s'explique. Voici quelques exemples : 

  • L'eau : ils ne comprennent pas pourquoi nous buvons l'eau du robinet et que nous nous lavons les mains au même endroit. En Ukraine c'est normal puisque l'eau n'est pas potable partout. 
  • La douche : les enfants prenaient leur douche avec leur sous-vêtement. Normal aussi puisque par pudeur ils prenaient des douches avec d'autres amis et qu'ils ne souhaitaient pas se montrer nu. Cela aussi a été résolu.
  • La crème glacée : nous servions de belles boules de crème glacée. À chaque fois, ils la touillent pour accélérer sa fonte. Ils la mangent quasi liquide. Cela est à cause des infirmières qui leur disaient que c'était mauvais pour leur gorge de manger de la crème glacée froide. On part de loin !
  • Les médicaments : dès que les enfants ont des égratignures, ils veulent un pansement; quand ils ont mal au ventre, ils veulent une pilule; etc... Nous leur avons montré que leurs bobos n'étaient pas graves et qu'ils n'avaient pas besoin de rien. 
  • Concept gars / filles : les enfants ont toujours joué au sein de leur groupe : les gars avec les gars, les filles avec les filles. Bien que les filles soient plus ouvertes à partager leurs jeux et leurs effets, il en est autrement avec Oleg qui refuse de partager avec ses soeurs. Je fais ce que je veux avec lui, car je suis un gars. Mais cela sera à travailler car c'est une habitude qui s'est développée à l'orphelinat. 
  • Le chef de la meute : Oleg est clairement le leader du groupe. Il aime diriger, décider, mener et faire tout en premier. C'est une habitude qui vient encore de sa culture où les hommes sont toujours en tête et dirigent la famille. C'est aussi pour cela qu'il me colle beaucoup car il pense que je fais exactement la même chose chez nous. Or, il découvre que Mélissa dirige autant que moi, tout dépendant de quoi on parle. On tente donc de lui faire changer cette habitude qui n'est pas non plus évidente à faire disparaitre.

Nous avons des enfants qui ont donc beaucoup d'habitudes qui ont été acquises au fil du temps. Cela nous demandera de la patience avant que cela puisse changer. Cependant, nous remarquons qu'ils sont de vraies éponges : si nous montrons l'exemple, ils nous suivent, que ce soit pour le langage, la discipline, etc... Pour les repas, nous impliquons les enfants dans la préparation ce qui augmente leur intérêt.  

Pour ce qui est de la langue, c'est un beau défi. Les enfants parlent beaucoup ensemble. Ils se disent plein de choses et c'est normal. On sait qu'ils comparent beaucoup leur pays d'origine et leur nouveau pays d'adoption. Ça aussi c'est normal. Par contre il est aussi de notre responsabilité de les faire intégrer à notre société et à leur nouveau monde. Nous avons suivi quelques conseils de ceux qui ont vécu la même expérience que nous :

  • nous avons coupé les accès aux sites russes (les enfants regardaient souvent des films sur Youtube de dessins animés russes), ils n'ont accès qu'au iPad (les téléphones sont redevenus notre propriété);
  • nous ne comprenons plus les mots russes pour lesquels les enfants connaissent les équivalents en français. Nous faisons exprès de ne plus répondre à leur demande quand ils auraient du s'adresser à nous avec un mot français;
  • nous avons commencé des jeux de société qui favorisent la francisation (bingo de l'alphabet, jeux avec pictogrammes, jeux de cartes, etc...);
  • nous faisons un rituel de fête lorsqu'ils nous sortent des mots en français, les enfants trouvent cela très drôle;
  • les enfants aiment beaucoup écouter de la musique, donc nous ne mettons que des chansons en français. Idem pour les films et dessins animés. Hier nous avons regardé la "Reine des Neiges" et tout le monde a rigolé aux bons endroits. Oleg aime écouter la radio (faible volume) avant de s'endormir le soir, il écoute uniquement de la musique française sans qu'on lui ait imposé un poste !
  • nous les occupons beaucoup afin qu'ils oublient le plus rapidement possible leurs références, l'orphelinat, etc... Cela n'a pas pour but d'effacer leur passé (ce qui est impossible), mais bien de garantir leur intégration le plus rapidement possible à leur nouvel environnement. Ils doivent s'attacher à nous et à leur nouvel univers avant tout. Souvent les enfants nous demandaient d'envoyer une lettre, de téléphoner à l'orphelinat ou bien d'utiliser Skype. À chaque fois, on changeait de sujet de conversation ou bien on leur explique que cela ne fonctionne pas. Ils oublient leur demande au bout d'une minute et passent à un autre sujet. On ne dit pas qu'on ne fera rien de cela, mais à l'étape actuelle, c'est simplement retardé leur intégration et leur sentiment d'appartenance à leur nouvelle vie.

En résumé, tout se déroule très bien. Les enfants sont de plus en plus câlins et attachés à nous. Mélissa avait une grande pente à remonter, mais je peux vous assurer que je vois une belle progression dans ses liens qu'elle tisse avec eux quotidiennement. Les enfants ne nous appellent plus Mélissa ou Pascal, mais Papa et Maman voire Papaska et Mamaska (Papa et Maman d'amour, langage enfantin). Certes, Oleg est très attaché à Papa car il semble que je sois le père qu'il a toujours rêvé d'avoir. La relation est  maintenant plus équilibrée avec leurs deux parents. Les repas se déroulent de mieux en mieux, les colères sont très rares et nous avons réellement l'impression que ces enfants ont toujours vécu avec nous. Nous avons aussi remarqué que les enfants ont besoin de sortir seuls avec nous : les 3 enfants s'apprécient beaucoup, mais ils ont aussi besoin de rester seuls avec nous pour quelques activités. Par exemple, je lave l'auto seul avec Oleg, Mélissa fait de la cuisine avec Macha ou fait du magasinage avec Liza. Nos enfants sont tout ce qu'il y a de plus normal dans le monde des familles avec 3 enfants. Nous voici donc dans le fabuleux monde des enfants avec leurs qualités et leurs défauts. Nous sommes très choyés et heureux de tout ce qui nous arrive...

Une journée à saveur scolaire

Aujourd'hui les enfants se sont réveillés un peu plus tard et le décalage horaire semble se faire oublier petit à petit. Les enfants sont de bonne humeur. Nous avons commencé à faire une discipline alimentaire, c'est-à-dire que tous les plats sont servis par portion (afin d'éviter de se goinfrer). Les plats sont aussi ceux que nous avons de disponible. Fini les menus à la carte. Les enfants doivent manger ce qui se présente sous leurs yeux. Bien sûr, nous ne faisons pas exprès de leur donner des aliments qu'ils n'aiment pas. Si rien ne leur plait, ils restent à table et nous regardent manger. Ça leur permet de réfléchir et de découvrir des façons de manger un aliment. Par exemple, ils n'avaient pas aimé des bleuets frais, mais ont adoré des yogourts aux bleuets. Il faut donc faire la part des choses entre un caprice et un vrai dégoût pour un aliment. Il est aussi à noter qu'Oleg est le leader du groupe : s'il n'aime pas un plat, il est fort à parier que les filles le suivront...

Ce matin, nous avons rendez-vous à 9h30 à l'école. La directrice nous a invité à venir découvrir les locaux, rencontrer la direction, quelques enseignants, etc... Nous avons prévenu les enfants que ce n'était pas une rentrée des classes, mais bien une visite. Malgré tout, ils ont les traits du visage qui en disent long. Ils ne semblent pas très enclin à aller voir l'école. L'école est pour eux un souvenir pas très positif : ils n'avaient pas d'amis, n'étaient pas les premiers et les méthodes d'enseignement étaient très rudes voire arides. Nous arrivons à l'heure avec les enfants au bout de nos bras. La rencontre a été très cordiale et nous avons pris le temps de voir tous les locaux et les infrastructures de notre école de quartier. Les enfants n'ont exprimé aucune émotion, aucun mot, aucune expression. Dès que nous avons terminé, nous avons entendu "Papa, Maman, damoye" (on rentre à la maison !). Ça en disait long. Sur le court chemin du retour, ça parlait beaucoup entre eux. Les enfants étaient clairement en train de faire leur mini-rapport de visite, mais bien entendu on n'a absolument rien compris. La chose qui les a probablement le plus surpris : la prédominance du français. La direction nous a aussi confirmé que nos enfants n'auraient pas de cours d'anglais puisque nous devons assurer leur complète francisation pendant la prochaine année scolaire. C'est évident que les enfants ne pourront pas bien parler une langue (le français), s'ils en apprennent une autre, surtout à 9-10 ans.

En après-midi, grand-papa Jacques a invité les enfants à monter à bord de son autobus scolaire qu'il conduit quotidiennement pour transporter des enfants du primaire et de la maternelle. Au tout début, ils croyaient aussi que c'était dans le but d'aller à l'école. Mais après quelques éclaircissements, ils ont compris que c'était simplement un petit tour d'autobus auquel ils avaient droit. Chacun a pris la place du chauffeur et tous les enfants ont exprimé un large sourire. Ils étaient fiers. Par la suite, le tour a commencé et l'autobus est parti chercher des enfants à l'école pour les raccompagner à leur domicile. C'est à ce moment que les enfants ont entendu les élèves parler. Là encore, le français est la langue prédominante. Ils se sont donc assis ensemble et se sont fermés comme des huîtres. 

En soirée, nous avons voulu leur faire oublier la journée à saveur scolaire. Nous avons donc décidé de sortir le bac à déguisement très garni de Mélissa. À l'intérieur se trouvaient des costumes, des perruques, des lunettes, des accessoires. Bref, une belle répétition pour l'Halloween. Les enfants se sont amusés comme des fous et cela a donné des photos mémorables. Même Oleg qui n'est pas le genre de personne à se déguiser et encore moins à se faire prendre en photo, en redemandait. C'était hilarant !!! La journée s'est donc bien terminée et nous comprenons que les enfants se sentent de mieux en mieux chez eux.