Adopter, pourquoi ?

Vu par des couples fertiles, l'adoption (internationale ou non) n'est pas souvent bien perçue ou comprise. Le désir d'avoir un enfant est une chose. Le fait de pouvoir procréer en est une autre. Certes, il existe des alternatives comme le don d'ovule ou la mère porteuse. Cependant, ces options ne cadrent pas du tout avec nos valeurs personnelles et communes à notre couple.

Une question légitime

Nous sommes régulièrement questionnés sur ce qui nous a motivé à aller de l'avant dans notre projet d'adoption. Ces questions feront partie de notre vie pour toujours. Voici donc une série de raisons qui poussent des couples à l'adoption :

  • Problèmes reliés à l'infertilité
  • Le désir de fonder une famille loin des parents biologiques
  • Parce que l'adoption est un choix, un privilège, une stratégie valable pour fonder une famille - et non pas un dernier recours
  • Pour répondre à un rêve d'adopter un enfant dépourvu de parents biologiques 

Est-ce que l'adoption est faite pour tout le monde ?

Pas vraiment. Nous avons eu la chance de suivre des dizaines d'heures de cours de pré-adoption. J'étais plus ou moins chaud à l'idée de suivre ces cours, pensant qu'un enfant adopté ou un enfant biologique... ça demeure un enfant. En fait non. Je dirais même pas du tout. C'est peut-être cette notion qui est la moins comprise, surtout pour des personnes ayant déjà des enfants biologiques. 

Un enfant biologique = un enfant adopté ?

Certes, un enfant demeure un enfant au niveau de ses besoins de base, de sa physiologie. Par contre, plusieurs éléments distinguent un enfant adopté :

  • Son lien d'attachement naturel n'a pas été établi avec sa mère. Ce lien est essentiel à rebâtir par les parents adoptants.
  • Son sentiment de sécurité apporté par les parents biologiques n'existe peu ou pas
  • Cet enfant n'a pas une belle perception du monde des adultes (c'est à cause des adultes qu'il se retrouve seul)
  • Il est fréquent de constater que ses besoins de base (manger, boire, toilettes...) n'aient pas été répondus en temps et lieux
  • Ces enfants sont en mode survie : hyper-vigilence, se font des réserves, cherchent des moyens de se faire entendre...
  • Ces enfants sont des survivants : après avoir vécu la séparation avec leurs parents biologiques, ils ont développé des stratégies de survie
  • Durant leur arrivée au pays d'adoption, ces enfants ont perdus le peu de repères qu'ils avaient (langue, espace, nourriture, entourage...)
  • Ces enfants entrent naturellement et facilement en contact avec des enfants puisqu'ils ont vécu en orphelinat dans ce contexte
  • Leur sommeil est très fréquemment bousculé par des cauchemars, des terreurs nocturnes, des pleurs (stress)
  • Ces enfants ne connaitront jamais leur passé (héritage génétique des parents, leur généalogie...) 
  • Ces enfants ont un âge physique (ex : 4 ans), mais ils ont aussi un âge affectif qui démarre à zéro lorsqu'ils arrivent chez nous !

Pourquoi ne pas avoir choisi d'adopter des enfants au Québec ?

Dès le début, c'est une option que nous avons sérieusement analysée. Cependant, plusieurs critères et conditions sont inconcevables pour nous :

  • La première option est l'adoption pure afin d'adopter des enfants âgés entre 0 et 2 ans. La liste d'attente dépasse actuellement les 8 ans... Il nous est impensable d'attendre ce délai. Cette option a donc été écartée tout de suite.
  • L'autre option est la banque mixte qui nous permet d'adopter des enfants âgés ente 3 et 12 ans. Durant les premiers mois (délai pouvant atteindre 18 mois), nous sommes une famille d'accueil. Pendant ce temps, l'enfant ne peut nous appeler "papa" ou "maman". Les services sociaux (DPJ) peuvent exiger que l'enfant rende visite aux parents biologiques régulièrement (le lieu peut varier). Ces rencontres sont très perturbantes et souvent ce sont les parents adoptants qui récupèrent les pots cassés (colères, questions...). Au bout de ces quelques mois comme famille d'accueil, la cours du Québec peut rendre le verdict que l'enfant est désormais confié en adoption à sa famille d'accueil et que tous les liens avec ses parents biologiques sont rompus pour toujours. Dans seulement 5% à 7% des cas, le juge redonne les droits de garde aux parents biologiques. Dans ce cas, nous perdons complètement cet enfant ! Cela aussi est absolument inconcevable pour nous et très déchirant.

Questions qui nous sont fréquemment posées ?

  • Allez-vous aimer ces enfants autant que des enfants biologiques ? La réponse est clairement oui. Quand vous avez ce désir de fonder une famille au fond des tripes, je peux vous garantir que cet amour sera inconditionnel. Il sera certes différents dans un sens, mais aussi fort. Souvent la question est posée par des personnes qui craignent elles-mêmes de ne pas établir de lien d'amour avec ces enfants. Cela ne s'applique pas à nous. Nous sommes clairement prêts.
  • Combien ça coûte un enfant adopté ? Cette question est l'une des plus fréquentes. C'est aussi une question des plus étranges car elle n'est jamais posée aux parents d'enfants biologiques. Avez-vous fait le calcul de tous les coûts engendrés depuis la naissance d'un enfant biologique (garderie, couches, nourriture spécialisée, vêtements, matériels et mobiliers, jeux...). Je mets de côté les coûts reliés à un problème de santé qui a aussi engendré des dépenses non prévues. Nous pouvons tout de suite vous rassurer, les coûts ne sont pas plus élevés chez un enfant adopté... sauf que nous investissons toute cette somme d'un seul coup. Au final, c'est équivalent.
  • Ne trouvez-vous pas inacceptable de vous demander autant d'argent pour l'adoption internationale ? Plusieurs pensent que le monde de l'adoption internationale est du vol d'argent pur et dur. Il faut comprendre que les coûts reliés à l'adoption résident principalement dans les frais de traduction et dans les voyages. Voici une brève explication :
    • Pour l'Ukraine, les traductions sont coûteuses et complexes (on paye au nombre de mots)
    • Pour les déplacements, nous restons 5 à 7 semaines sur place. Il faut donc compter les frais de transport, de traduction (nous disposerons d'une coordonnatrice parlant français et ukrainien), de nourriture, d'hébergement...
    • L'orphelinat exige une petite somme qui est versée sous la forme d'un don
    • Examens médicaux des parents adoptants et de l'enfant
    • La certification des nombreux papiers par les autorités compétentes
    • La demande de papiers officiels (certificats de naissance, de mariage...) qui sont payantes
    • Évaluation psychosociale (même si la DPJ gère cet aspect, ce service est payant au Québec !)
    • Les vêtements pour les enfants (l'orphelinat conserve tous les vêtements des enfants)
    • Les coûts reliés aux papiers de Citoyenneté et Immigration Canada (passeports, certificats...)
    • etc...
  • Vous n'avez pas peur aux maladies et aux séquelles causées par une mère alcoolique ou toxicomane ? Bien sûr que nous serons vigilants pour cet aspect très important : les conditions de santé des enfants. Il faut savoir que l'Ukraine nous proposera des enfants âgés entre 3 et 10 ans. De plus, les dossiers médicaux indiquent clairement si l'enfant est atteint par une maladie (ex : VIH) ou un syndrome (ex : déficience intellectuelle). Libre à nous d'accepter ou non ces maladies. Nous avons pris la décision de ne pas adopter d'enfants à besoins particuliers, mais plutôt des enfants en pleine santé. Il faut savoir que ces soucis sont également présents si nous avions opté pour une adoption locale au Québec. Rappelons aussi que les enfants biologiques peuvent aussi développer des maladies génétiques ou mentales. Personne n'est à l'abris. Ce n'est parce qu'on adopte et qu'on débourse un montant d'argent qu'on aura des enfants hyper-parfaits, sans aucun défaut. Ce sont avant tout des enfants. Nous travaillerons aussi avec la clinique de santé internationale du CHU Ste-Justine afin d'échanger sur le contenu du dossier médical des enfants et de nous assurer que tout soit correct.
  • Les enfants de l'Europe de l'est sont réputés pour avoir des difficultés scolaires importantes. En fait, rien ne prouve que les difficultés d'apprentissage sont uniquement reliées à l'adoption. Nous pouvons vous garantir que les écoles sont remplies d'enfants biologiques avec de telles difficultés. Ces difficultés peuvent être d'origine génétique ou socio-économique (ex: milieu familial instable). Avant d'envoyer un enfant adopté dans le système scolaire, il faut s'assurer qu'il ait créé un lien d'attachement avec ses parents / son milieu et que son langage oral soit suffisant et adéquate pour son âge. Cela évitera qu'il se fasse ridiculiser en public car les enfants sont parfois terribles entre-eux. C'est pour cela que nous demanderons une dérogation spéciale afin de garder nos enfants à la maison pour les équiper du mieux qu'on peut pendant tout le temps nécessaire (1 ou 2 ans max). Mélissa dispose d'un bagage adéquat pour les préparer à la maternelle ou au primaire. 

Que faut-il dire ou ne pas dire à un enfant adopté ?

En fait, l'enfant adopté doit être renseigné dès le début sur ce qui lui arrive. Il ne sert à rien de cacher ses origines et son adoption puisqu'il aura accès à l'ensemble de son dossier à compter de 18 ans, sur simple demande auprès de la Direction de la Protection pour la Jeunesse. Cependant, il y a des éléments qui doivent être apportés à petite dose, surtout si l'enfant est issu d'un viol ou de parents criminels. Nous ne connaissons que très peu de choses sur les parents biologiques. Alors voici :

Ce qu'il faut dire ou faire avec l'enfant adopté :

  • Nous sommes ses parents d'amour pour toujours.
  • Son papa et sa maman biologiques ont tout fait pour le garder, mais puisqu'ils l'aimaient et qu'ils vivaient de graves difficultés, ils ont préféré le confier à des parents comme nous, pour en prendre soin.
  • Son origine : il ne faut par renier sa culture et ses racines. S'il est Ukrainien, il faut qu'il en soit fier ! 
  • Être proche de lui lors des premiers dodos car ces enfants ont fortement tendance à faire des cauchemars, des terreurs nocturnes... Ils veulent notre présence pour les premières semaines.
  • Être hyper-vigilent afin de lui donner ses besoins de base (manger, se laver, boire, dormir...).
  • Discuter avec lui en français, mais en utilisant des pictogrammes au début. Cela va l'aider à mieux comprendre ce que vous souhaitez. 

Ce qu'il ne faut pas faire ou dire à l'enfant adopté :

  • Il ne faut pas renier, critiquer et rabaisser ses parents biologiques. Nous ne connaissons pas l'ensemble de l'histoire derrière cette adoption.
  • Tu leur as coûté cher et tes parents en ont bavé pour t'avoir. Ce genre de commentaire insignifiant a des répercussions chez les enfants adoptés : ils développent un sentiment de culpabilité.
  • Ne pas organiser de fête à l'aéroport : ces enfants sont déjà perturbés par leur voyage et leur déracinement. L'arrivée doit se faire en douceur et calmement. Par contre, rien ne nous retient de faire une petite fête au bout de quelques semaines, quand nous sentirons qu'ils seront prêts (tout dépend de leur âge).
  • Ne pas inviter quiconque chez nous durant les premières semaines (le délai dépend de l'âge des enfants). Le but est de créer le lien d'attachement entre ses nouveaux parents, son milieu et ses repères. 
  • Ne pas l'envoyer à l'école immédiatement, même s'il est en âge scolaire.
  • Ne pas l'envoyer à la garderie immédiatement car il va penser que vous souhaitez l'abandonner de nouveau. N'oubliez pas que cet enfant a déjà vécu ces émotions en orphelinat, avec d'autres enfants... seul...
  • Ne pas lui dire qu'il a été abandonné mais séparé de ses parents biologiques : comment faire comprendre que ses parents biologiques l'aimaient et qu'ils l'ont abandonné ? Cela ne fait aucun sens logique chez l'enfant.
  • Ne pas lui rabâcher les oreilles avec son adoption. C'est son histoire, c'est à l'enfant de décider quand en parler, à qui et où en parler. C'est à nous de respecter son histoire d'adoption. 
  • Ne pas aller dans un restaurant ukrainien ou l'amener à une fête ukrainienne de force parce qu'il vient de ce pays. C'est à l'enfant de décider. Souvent, les enfants sont très rancuniers et préfèrent complètement couper les liens avec leur passé qui est synonyme de douleur. C'est leur choix personnel.
Sources : CSSS Jeanne-Mance (Domenica Labasi et Hélène Duchesneau) et CSSS Ouest-de-l'Île (Sylvie Samson)

Commentaires  

0 #4 alice 15-02-2015 18:18
Bel article. (dans la liste de ce qu'il ne faut pas dire, ou faire, j'ai foiré plusieurs fois !!!)
Je profite de mon passage pour annoncer la réédition de "Fausse Maman". C'est un livre qui parle des mamans (de toutes les mamans). Il est beau, il est cartonné avec des pages épaisses. Je suis trop fière !!!

Le lien est ici :
http://librairie.lapin.org/librairie/173-fausse-maman-version-cartonnee.html

Et pour suivre les aventures d'une vraie fausse famille, c'est là : http://chine.lapin.org
Citer
0 #3 Karine Nault 22-01-2015 17:39
Bonjour à vous! Merci pour votre blog!! Bcp de renseignements! ! Mon conjoint et moi-même sommes dans les démarches pour l'adoption internationale et madame Chouchtari nous a parlé de votre blog. J'aurais une petite question: où avez-vous pris vos cours pré-adoption??? J'ai jamais entendu parlé de tels cours ici dans la région de Québec.

Merci beaucoup!!!

Karine
Citer
+2 #2 Melanie 27-03-2014 02:01
'C'est pour cela que nous demanderons une dérogation spéciale afin de garder nos enfants à la maison pour les équiper du mieux qu'on peut pendant tout le temps nécessaire (1 ou 2 ans max). Mélissa dispose d'un bagage adéquat pour les préparer à la maternelle ou au primaire. ' Vous savez, l'école à la maison est aussi tout à fait possible et accessible pour tous parents... Nul besoin d'avoir un bagage particulier comme vous le laissez sous entendre. Et c'est une option très intéressante et tout à fait valable pour ces chers petits amours qui viennent de loin !! ;-)
Citer
+2 #1 Elyse 26-03-2014 21:19
Pour la banque mixte, il y a une petite erreur, cela peut être à partir du début de la vie. Je suis présentement dans les démarches.
Citer

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir